samedi 8 août 2015

Le CRA-W


 Le CRA-W

 (Centre wallon de Recherches agronomiques)

Cet établissement scientifique, fondé en 1872,  emploie plus de 450 personnes dont 120 scientifiques -  docteurs en sciences agronomiques, ingénieurs, licenciés. Implanté sur 3 sites (Gembloux, Libramont et Mussy-la-Ville), ses activités couvrent quelque 300 ha de bureaux, laboratoires, vergers et champs d’expérimentation. Régionalisé depuis le 1er octobre 2002, le CRA-W, maintenant Organisme d’intérêt Public, est l’unique centre de Recherches agronomiques public de la Région wallonne.
Cinq axes majeurs définissent ses orientations et objectifs opérationnels :
  • Améliorer le cadre de vie, préserver l’environnement et produire durablement
  • Améliorer l’alimentation humaine, préserver la santé des consommateurs et tenir compte des analyses des comportements alimentaires
  • Diversifier les produits et leurs usages, améliorer leur compétitivité et celle des producteurs et des entreprises
  • Adapter les espèces, les pratiques et les systèmes de production à des contextes changeants
  • Eclairer la décision des acteurs publics et privés


Source :www.ssrw.be/home/fr/menu-gauche/ssrw-notre-service-social/organismes-beneficiaires/cra-w-centre-wallon-de-recherche-agronomique.html

Les Tours Saint Guibert

Les Tours Saint Guibert

22/12/2014 14:38 L’histoire de Gembloux est intimement liée à celle de son abbaye fondée selon la tradition en 922,  par le chevalier Wicbertus (Guibert).
  • La  Grande procession de septembre
Le 23 septembre 1110, jour de sa canonisation, son corps fut présenté à la vénération des fidèles. Plusieurs prodiges marquèrent la cérémonie. Ceux qui doutaient encore de sa sainteté aperçurent dans le ciel une croix entourée d’un cercle rayonnant. Le miracle impressionna profondément  le peuple. Et durant plusieurs siècles,  le dernier dimanche de septembre, les Gembloutois en célébrèrent le souvenir. A cette occasion, la châsse contenant  les reliques de Saint-Guibert était solennellement  portée en procession autour de la ville, escortée par le clergé régulier et séculier, le Bailli et ses échevins, les archers du XVe s. et les serments des arbalétriers et des arquebusiers  des XVIe et XVIIIe s., au son des tambours, au bruit des salves, par toute la  population en liesse (1). Comme  le note L. Namèche,  le sentiment religieux n’avait cessé d’être ancré profondément dans l’esprit de la population de la Terre de Gembloux. Les excès des calvinistes et, plus tard, des Gueux au XVIe s, semblent avoir encore avivé chez elle la foi fervente et la dévotion.
Lors du sac de l'abbaye par les Gueux en 1568, le couvent fut pillé. Parmi les décombres qu'ils laissèrent à la suite de leur sac, on recueillit des morceaux de l'antique châsse de saint Guibert, dont les reliques avaient été profanées. Dom Hanquart s'empressa de réparer ce sacrilège: il fit sculpter une nouvelle châsse digne du fondateur de l'abbaye.
L’itinéraire de cette procession était long. Dix kilomètres. Les deux points extrêmes étaient le moulin de Bedauwe et celui de l’Escaille. La ville offrait, suivant une coutume immémoriale, le vin, des biscuits et des «succades» aux prélat, religieux et magistrats pendant les quelques instants de repos que s’accordait le cortège. Le vin et les « succades » de la procession de la dédicace, de même que la poudre des salves, étaient un article ordinaire du budget de la ville. La ville rafraîchissait d’ailleurs la jeunesse de bonne bière, préludant ainsi, après la procession, aux réjouissances profanes de la kermesse. Pendant combien d’années cette célébration festive eut-elle lieu ? Difficile de répondre précisément.
  • Le Tour Saint Guibert
Le  « Tour Saint Guibert » est  une procession nocturne  qui avait lieu le 23 mai, date de la mort de Saint Guibert à l’abbaye de Gorze, en Lorraine, en 962. Les pèlerins refaisaient l’itinéraire de la Grande procession de septembre, s’arrêtant aux chapelles et potales pou ry  réciter des prières et chanter des cantiques (2).
C’est aussi une tradition d’un lointain passé qui avait été abandonnée, écrit l’abbé Joseph Toussaint, sans doute au moment de la suppression du monastère bénédictin en 1796. Mais, à l’occasion des fêtes du millénaire elle fut remise à l’honneur sous le nom de  « Tour Saint Guibert » par l’abbé Camille Sorée (1916-1922) en prélude aux festivités marquant les dix siècles de la fondation de l’abbaye, la date encore admise alors étant 922.
On sortait de l’église le 22 mai à minuit et l’on rentrait vers 4h30 du matin pour la célébration de la messe anniversaire. Le tombeau du saint moine, et plus tard le « Vieux Bon Dieu » qui se trouvait place de l’Aitre, était fleuri d’aubépines cueillies au Buisson Saint Guibert auquel  la tradition orale attribuait une origine miraculeuse. Passant par l’actuel quartier de l’Agasse en 957, Guibert aurait enfoncé dans le sol son bâton qui se serait mis à fleurir d’aubépines. Depuis  cette date, le prodige se renouvelait chaque année. Malheureusement, en 1934, des vandales dynamitèrent l’arbuste peu avant le passage de la procession.
L’itinéraire de ce Tour était le suivant : en sortant de l’église, on montait la Grand-Rue, il y avait un premier arrêt place Saint-Guibert, près de la pompe communale (aujourd’hui disparue) surmontée de la statue du Saint, ensuite, on se dirigeait vers la Chapelle-Dieu.  Aujourd’hui, on gagne la place Saint Guibert par la rue du Huit mai et la rue Gustave Docq, dénommée autrefois rue des Remparts. Dans cette rue se trouve la Chapelle N.-D. du Rempart édifiée en 1852.
De la Chapelle-Dieu, élevée en mémoire de la bataille de 1578, par la rue de Mazy  on arrive à la cité Tous vents et sa jolie Chapelle N.-D. des Enfants. Par les rues  Chapelle Moureau , de la Rochette, de la Treille, de  Bedauwe,  la place Séverin, on aborde, pour un arrêt plus long, l’église Sainte Thérèse à Grand-Manil.  Les pèlerins poursuivent alors par les rues du Paradis, des Résistants (N.-D. de Fontenelle), av. Général Mellier, pour arriver à la Chapelle N.-D. de Moha. Ensuite, av. Moine Olbert, rue Buisson Saint Guibert avec, bien sûr, un arrêt à la potale rappelant le légendaire buisson (3). Le cortège gagne alors la chapelle Marion, la rue Hambursin,  pour redescendre vers la place de l’Orneau pour une dernière halte au début de la rue Notre Dame où une petite potale remplace une autre autrefois plus grande et qui abritait la belle statue de la Vierge aux Raisins conservée aujourd’hui dans l’église décanale.
En 1992, pour le onzième centenaire de la naissance de Wicbertus – Guibert,  la tradition fut reprise lors des fêtes de Wallonie qui, au point de vue date correspondent avec celle de la séculaire ducasse de Gembloux. Par consensus entre les autorités civile et religieuse, ce Tour festif et folklorique a lieu à présent tous les trois ans.

Sources :
  1. La Ville et le Comté de Gembloux par Léon Namèche. Ed. Duculot 1964
  2. Légendes et coutumes du pays de Namur par Félix Rousseau  -  1920
  3. Le vieux chemin de la chapelle de Moha vers l’Escaille s’appelait  «le baty  del  procession Saint Guibert ». cf. L. Namèche faisant référence à un acte du 19 novembre 1543. Avant la création du chemin de fer, il menait directement à l’Escaille en suivant le ruisseau du Rabaudy .Ce chemin a conservé le nom de « Buisson Saint Guibert ».
         L’Orneau du 23 mai 1996 – n° 21  (s) Jean Louis
Suiv. r/c/a 08/2019

Sources :
  1. La Ville et le Comté de Gembloux par Léon Namèche. Ed. Duculot 1964
  2. Légendes et coutumes du pays de Namur par Félix Rousseau  -  1920
  3. Le vieux chemin de la chapelle de Moha vers l’Escaille s’appelait  «le baty  del  procession Saint Guibert ». cf. L. Namèche faisant référence à un acte du 19 novembre 1543. Avant la création du chemin de fer, il menait directement à l’Escaille en suivant le ruisseau du Rabaudy .Ce chemin a conservé le nom de « Buisson Saint Guibert ».
         L’Orneau du 23 mai 1996 – n° 21  (s) Jean Louis
Suiv. r/a  8/2019

La châsse reliquaire de Saint Guibert. En cuivre, réalisée par les frères Dehin de Liège sous le pastorat du doyen Alexandre Otte (1871-1879).


vendredi 7 août 2015

William Cliff : portrait



William Cliff, un poète à part




Crédit photo : couverture du périodique "Le Carnet et les Instants" n° 183  - oct./nov. 2014


De son vrai nom André Imberechts, William Cliff est né à Gembloux le 27 décembre 1940.
Quatrième enfant d’une fratrie de neuf, il ne sera pas médecin comme son père mais se fera très vite un nom dans la poésie et les lettres.

Il est l’un des plus beaux poètes belges. Son talent est reconnu en  France où le prix Goncourt de la Poésie vient tout juste de lui être décerné, après de nombreux autres non moins prestigieux.
Ecole primaire à Gembloux. Puis au pensionnat, au collège de la Hulle à Profondeville.
Il étudie ensuite la philologie romane à l’UCL. Pour sujet de mémoire de licence il choisit le poète catalan Gabriel Ferrater qu’il rencontre et traduit en français. Son  influence sera décisive pour le jeune homme.

Ses poèmes sont rapidement remarqués par Raymond Queneau qui lui demande un livre pour les éditions Gallimard. Homo sum est publié en 1973. Ce fut immédiatement la consécration pour ce poète écorché vif, désespéré et romantique que l’on compare à Baudelaire, à Verlaine et à Rimbaud.
Cliff assume et revendique son homosexualité et nombre de ses poèmes sont inspirés de ses aventures charnelles, réelles ou fantasmées. Il fut, un temps, proche de Conrad Detrez. Son ami, son contraire.

William Cliff enseignera quelques temps le français, au gré des désignations de l’Etat.
Ironique, cinglant, mordant, cynique, provoquant, pitoyable et émouvant ;  il exprime une certaine nausée existentielle moderne.  Son vocabulaire est parfois cru et ses images dures.

« Vagabond livré à lui-même parce que rejeté par tous  - né pour être damné -  qui pressent que ses désirs aussi l’excluent, puisque seuls les autres garçons l’émeuvent » : c’est en ces termes que le décrit l’écrivain, critique littéraire et dramaturge Jacques De Decker. Lui aussi qui écrivait dans « le Soir » du 21/06/2000 : « Il n’est pas du goût de tout le monde que, loin au-delà de nos frontières, la belgitude poétique soit d’abord représentée par cet incorrigible non-aligné que, dans le climat de retour aux convenances académiques auquel nous assistons,  les ouvrages officiels abordent strictement sous l’angle anecdotique :  les bien-pensants ne s’accommoderont jamais – et ce n’est pas étonnant - de ce vagabond contemporain qu’on ne verra jamais rallier aucun confort intellectuel ».
Le commentaire d’Alberte Spinette , in Alphabet des Lettres belges de Langue française illustre on ne peut mieux cette analyse : « Ce raton laveur du lyrisme national préfère la saleté miséreuse du Quartier Nord et des cinés pornos (sans jamais y croire) aux lieux et cafés littéraires (sans les éviter systématiquement) ».

William Cliff habitera un temps à Bruxelles, Rue Marché au Charbon, dans une mansarde sous les toits. Mais il voyage beaucoup.
Au cours de ses nombreux voyages, en Europe, en Asie, en Amérique, William Cliff se comporte en reporter inspiré. Pas un cliché dans ses choses vues à Göteborg, à Kharkov, au Caire ou à Montevideo : seulement à chaque fois le constat de l’humaine misère.
Adepte du parler vrai, il revendique un langage simple et direct. Ni symbole ni parabole, ni illumination ni démiurgie, mais l’évocation du plus urgent, le plus réel, du plus brutal : manger, dormir, boire, désirer. Une poésie qui racle l’âme, faite d’expériences sensibles, d’épreuves et de circonstances ponctuelles. L’espoir, la détresse ; la beauté, la laideur ; la rencontre, la solitude. Un monde où le sourire est rare, où, armé de ses seuls sens, un homme tente le plus souvent de survivre que de vivre. Cliff a fait le choix d’une certaine marginalité, parce qu’il préfère le provisoire au définitif ; le nomadisme à l’embourgeoisement.

L’homme a rejoint Gembloux, sa terre natale. Pas sûr qu’il y pose définitivement son sac. Le vagabond est toujours aux aguets. Il ne s’incruste nulle part. Et le monde est si vaste. Et, comme il l’écrit dans sa nouvelle « Rue Fonsny » : » …ici, cela ne vaut pas la peine de rester n’est-ce pas ? Ici on ne fait que passer, là-bas est la vraie vie, celle qui mérite qu’on la vive, car ici on n’a pas les moyens, ici on ne vit qu’en regardant les trains passer et s’éloigner à jamais loin d’ici ».





Sources
Le Matricule des Anges – Richard Blin
« Le Soir » – Jacques De Decker
Voix d’auteurs – William Cliff
Poètes de l’espace Wallonie - Bruxelles
http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Cliff
Bruxelles littéraire (éd. Pré aux Sources) 1987

Portrait de W. Cliff (août 1982) - archives SONUMA
http://www.sonuma.be/archive/william-cliff-po%C3%A8te 

Fernand Séverin : portrait




Fernand Séverin



Se situant entre le symbolisme et le Parnasse, entre la Wallonie de son ami Albert Mockel et la Jeune Belgique (parnassienne et naturaliste), Fernand Séverin est un poète authentique.
Il est né à Grand-Manil  (commune fusionnée avec Gembloux en 1965), à la ferme de Penteville, le 4 février 1867 « dans une région , a dit Hubert Krains, où la Hesbaye commence à se dépouiller de sa grandeur austère pour revêtir le charme pittoresque de la campagne brabançonne ». Il devait se souvenir de son pays natal et de impressions que les larges horizons lui avaient laissées.
Enfant sérieux, trop tôt privé, par la mort, de l’amour maternel, il devait garder toute sa vie ce regard mélancolique et cet air taciturne qui  ont empreint son visage.

Ses études débutèrent en Allemagne, puis à Namur, au Collège Notre-Dame de la Paix avant d’achever ses classes moyennes à l’Athénée Royal de Bruxelles. Après des  études de philosophie et lettres à l’U.L.B., il enseigne à Virton , et à  Louvain (1896). Il est nommé en 1907 à la chaire d’histoire de la littérature française de l’Université de Gand.

C’est à Gand qu’il mourra le 4 septembre 1931 au terme d’une vie méditative, consacrée aux arts, à sa famille et surtout à la poésie.

Les titres de ses recueils sont significatifs des thèmes qui l’inspirent : « Le Lys », « Le Don d’Enfance », « Un chant dans l’Ombre », « Poèmes Ingénus », « La Source au fond des bois »,… Animé d’un désir constant d’intériorité, de pureté, la nature lui sera toujours un refuge.
Fernand Séverin possède ce sens du mystère qui rêgne en nous et autour de nous, essence même du symbolisme, mais se refuse à désarticuler le vers et la syntaxe à l’instar de ses grands contemporains, Rodenbach, Verhaeren, Van Lerberghe, Maeterlinck.
Se tenant à l’écart de tous mouvements littéraires, il a pu préserver son originalité.


Hommages locaux au poète

 Le 13 septembre 1953, son village natal de Grand-Manil donna le nom de Fernand Séverin à la route reliant la chaussée de Charleroi à la ferme de Penteville (*). On profita de l’occasion pour inaugurer deux plaques commémoratives : la première sur la ferme natale, la seconde sur le mur de l’école où le poète avait été en pension chez l’instituteur Denis Sacré. La veuve et le fils et la belle-fille de l’écrivain assistaient à la cérémonie.

Au cours de celle-ci, le bourgmestre (1948-1964) Emile Somville déclara notamment : « Le rôle de l’administration communale n’est pas seulement de créer ou d’améliorer des routes, mais aussi – et le cas est trop rare pou ne pas en profiter – de perfectionner l’éducation des foules et de promouvoir dans leur sein le goût du noble et du beau. Au dessus de notre petite vie, de nos mesquineries quotidiennes, Grand-Manil aura, aujourd’hui, respiré l’air des sommets ».
(*) Cette rue se nomme à présent rue des Résistants mais la place de Grand-Manil porte aujourd’hui son nom.


Le timbre spécial Fernand Séverin, réalisé par le fils du poète, Marc Séverin, né en 1906, fut émis à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort du poète. La prévente se déroula les 7 et 8 novembre 1981 à Gembloux.
 La ferme de Penteville, maison natale de F. Séverin


Hommage de Grand-Manil au poète. Plaque commémorative Place Séverin.




Sources :
-« 150 ans de poésie française en Belgique » de Robert Delieu (V.A. 15/03/1980)
- Fernand SEVERIN par Henri Liebrecht in «  Les lettres françaises en Belgique » La Renaissance du Livre (1958)
- André Dulière : Les nouveaux « Fantômes des rues de Namur ».



Haroun Tazieff : portrait

                                                                                          

Haroun Tazieff, un peu gembloutois

 

Tout le monde connaît Haroun Tazieff. Il fut aux volcans ce que Paul-Emile Victor fut aux pôles et ce que Jacques-Yves Cousteau fut aux océans.
 Haroun Tazieff a eu 5 nationalités. Il fut successivement  Russe, Polonais, Apatride, Belge et puis Français. Mais il était aussi un peu gembloutois.

Des origines russo-polonaise

Haroun Tazieff est né le 11 mai 1914 à Varsovie. Son père, un médecin russe,  est appelé à la guerre et  tué rapidement. Sa mère, polonaise, chimiste, sociologue, philosophe, peintre et « passionaria » de la révolution russe l’emmène à Petrograd,  à Tiflis et émigre finalement à Bruxelles en 1921. Il est élevé par sa mère, militante communiste convaincue et par son « plus que père », le romancier et poète Robert Vivier. Sa scolarité débute dans un athénée à Bruxelles .

Un étudiant sportif, contestataire et turbulent

C’est ainsi qu’il se définissait lui-même.
En 1932, Haroun Tazieff s’inscrit à l’institut agronomique de Gembloux pour décrocher le grade d’ingénieur agronome, spécialité coloniale, le 29/10/1938. Au cours des 6 années qu’il passera à Gembloux, il se fera des amis, comme Emile Lacroix, qui sera Ministre et ensuite Gouverneur de la province de Namur. Sportif aussi Haroun Tazieff : il pratique la boxe dans une salle à l’étage du « Grand Salon », un café qui se situait rue des Abbés comte, aujourd’hui  le parking de l’église. C’est là, où se déroulaient parfois des matches de boxe, qu’il suit assidument les cours donnés par Henry Chantraine du boxing club gembloutois . Haroun Tazieff confiera plus tard dans sa biographie qu’il fut à deux doigts de représenter la Belgique aux J.O. de Berlin en 1936. Mais sa mère le lui défendit…  Il pratiqua aussi l’alpinisme, le rugby et la plongée.
Le jeune homme aime aussi la guindaille. Il participe activement à une action qui va choquer les gembloutois pieux:  le dynamitage du « Buisson Saint Guibert », peu avant le passage de la procession, en mai 1934.
En 1938, il poursuit ses études à Liège, à l’école des Mines de l’université. C’est ainsi qu’il découvre la géologie.
 Il acquiert la nationalité belge en 1939 et intègre la Cie école des Chasseurs ardennais, rue de Fer à Namur. Il fera la campagne des 18 jours au 2e Rgt des Ch.A . Blessé, fait prisonnier par les allemands, il s’évade et, comme beaucoup de jeunes militants communistes, il entre dans la clandestinité et la résistance. Le réseau auquel il appartient, les Partisans Armés du Front de l’Indépendance, lui demande de rejoindre le groupe Liège-Seraing. En sa qualité d’ingénieur, il s’occupera de sabotages de voies ferrées et de lignes électriques. Une mission qu’il poursuivra jusqu’en juin 1944.



 

Le Congo et le coup de foudre pour les volcans

La paix revenue, il est engagé par une société qui l’envoie au Katanga comme prospecteur de gisements d’étain. Il se fait rapidement engager par le service géologique du Congo belge pour cartographier la région du Kivu. En 1948, il se trouve sur les lèvres du cratère du volcan Kituro lorsque se produit une éruption. A 34 ans, sa vie bascule : il sera volcanologue.
Il n’aura pas son pareil pour faire partager avec le grand public sa passion des volcans. Inlassablement il va vulgariser cette discipline jusqu’alors méconnue. 23 livres, de nombreuses conférences, 6 films,  des photographies : il ne néglige pas ses efforts pour faire partager son émotion face à la beauté d’une éruption volcanique : « Pour en restituer la beauté, il faudrait être un Van Gogh ! » disait-il.  Jean Cocteau l’avait surnommé  « le poète du feu » .

Politique et déceptions

Au milieu des années 60, Haroun Tazieff, marié à une Française, et déçu par la Belgique qui, estimait-il, n’avait pas suffisamment reconnu ses engagements courageux durant la guerre, opte pour la nationalité française.  Expert de L’Unesco, il enseigne à Paris et à Bruxelles avant d’être nommé directeur de recherches au CNRS.
Bientôt, son engagement à gauche l’amène tout naturellement à exercer des fonctions politiques où il pense servir les causes qu'il défend, comme la protection de la nature et la défense de l’environnement. Il deviendra conseiller du Président Mitterrand, puis maire de Mirmande, une petite commune de 418 habitants dans la Drôme  et enfin, secrétaire d’Etat à la Prévention des risques majeurs de 1984 à 1986. Souvent critiqué, disposant de moyens dérisoires, parfois intransigeant, il claque la porte et déclare : « Les cabinets ministériels me sont odieux et je suis heureux de quitter mon poste de ministre-gadget ».  Il fera pourtant un retour en politique  en entrant au Conseil général de l’Isère en 1988 à la demande du maire de Grenoble et Ministre de l' Environnement Alain Carignon dont il devient conseiller à la Sécurité collective. Il fondera ensuite avec Brice Lalonde le parti Génération écologie dont il s’éloignera finalement tout en restant un ardent défenseur de l’environnement.

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Haroun Tazieff  s’est éteint à Paris le 5 février 1998 à l’âge de 83 ans.
Le Président Jacques Chirac  lui a rendu ainsi hommage : « l’un des grands aventuriers  de ce siècle, l’un de ceux qui servent une passion autant qu’ils illustrent une discipline ».

Entre Haroun Tazieff et Gembloux, c’est une longue histoire d’amitié qui se fermait. Il aimait, en toute simplicité, revenir dans la localité où, pour les ainés, il a laissé des souvenirs d’un étudiant participant pleinement à la vie locale. Le bourgmestre Dominique Notte soulignait justement à l’occasion de son décès qu’il avait contribué au renom de la ville de Gembloux à travers le monde.
Il avait été nommé docteur honoris causa de la Faculté le 5 mai 1982.




Sources :
Haroun Tazieff, une histoire belge  DH du 11/05/2014 (s) Eddy Przybylski
Le Soir du 6/8/1998 (s) Jacques Cordy
V.A. du 6/8/1998 (s) Yves Vander Cruysen

Liens utiles:
Archives SONUMA -Haroun Tazieff, docteur honoris causa (05/1982)
http://www.sonuma.be/archive/haroun-tazieff-docteur-honoris-causa

Paul M.G. Lévy : portrait




Paul M.G. Lévy


Né à Ixelles le 27 novembre 1910 d’une maman gantoise et d’un papa originaire de Brumath en Alsace, Paul M.G. Lévy avait épousé Simone Joniaux (1911-2001) en 1935. Père de trois enfants, il s’était installé à  Gembloux en  1976 où il fut fait citoyen d’honneur et où un square porte son nom.
Il est décédé à Sainte-Ode le 16 août 2002.

Ingénieur commercial, licencié en sciences économiques , il fut surtout une des figures les plus emblématiques de la résistance  durant le seconde guerre mondiale.
Dans les années trente, il était l’une des voix les plus populaires de l’INR, l’ancêtre de la RTBF, où il brilla dans de nombreux reportages, notamment lors des funérailles de la reine Astrid en 1935, avec Théo Fleischmann.

Refusant de collaborer à une radio inféodée à l’occupant, Il fut arrêté par la Gestapo et incarcéré à Saint-Gilles puis à Breendonk ou il subit de tels sévices que la radio de Londres annonça son décès. Finalement libéré le 20 /11/1941 par les Nazis qui entendaient ainsi démontrer que les alliés se trompaient, il gagna l’Angleterre le 21/04/1942 où il sera nommé attaché au ministre belge de la justice en exil, Antoine Delfosse, et s’occupera des perspectives de l’après-guerre. Lévy parlera sur les ondes de la BBC à destination de la Belgique occupée.  Entretemps, il avait jeté les bases du réseau Samoyède, un réseau de résistants qui devait préparer la remise en route de la radio après la défaite des Nazis. Un fameux défi qu’il releva à merveille puisque dès les premiers jours des septembre 44, la radio nationale avait repris ses émissions.

Au lendemain du conflit il se mua en correspondant de guerre, participant à la libération de Dachau avant d’entrer dans Berlin comme premier journaliste occidental.
La politisation de la radio l’amena à postuler au Conseil de l’Europe à Strasbourg . Il y devint directeur de l’information , ne ménageant pas ses efforts pour promouvoir l’idée européenne. Professeur à l’Université de Strasbourg, sa carrière académique se poursuivit à Louvain où il enseigna le journalisme mais aussi la sociologie de la guerre et de la paix.

Jusqu'à son dernier souffle, il mit son expérience d’ « honnête homme »  au service de nombreuses causes, comme le devoir de mémoire et la promotion d’un monde plus juste et plus fraternel où les barrières religieuses et philosophiques seraient abolies.

Nommé grand officier de l’ordre de Léopold en 1999, Paul M.G. Lévy avait été nommé baron par le roi Albert II.


Sources :https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Michel_Gabriel_L%C3%A9vy
               Le Soir du 17/08/2002 (s) Christian Laporte. Photo Jean Wouters.













Emile Alomaine : portrait




Emile Alomaine: un alerte nonagénaire


Emile Alomaine est un personnage emblématique de la ville de Gembloux.
C’est d’abord un sportif de renommée internationale. Mais aussi une personnalité hors du commun. A bientôt 90 ans, il conserve une forme exceptionnelle. Et sa lucidité sur le monde sportif et la vie de ses contemporains interpelle.(Photo 1).

Cadet d’une famille de 8 enfants (5 garçons et 3 filles), Emile est né rue des Oies. Dès l’âge de 4 ans, il entre au Royal Essor de gymnastique. Tout comme ses frères. Il se distingue, et bien vite suivra les cours de la Fédération belge de gymnastique,  les cours d’éducation physique de la Province et sera diplômé. Le voilà enseignant  et, pourtant, il opte pour une carrière bancaire à la BBl durant plus de 30 ans. En même temps, il reste actif à l’Essor: moniteur et puis directeur.
Durant la période « Essor » il pratique le foot: gardien de but de l’équipe première durant un an  (1ère provinciale).
Il se tourne ensuite vers l’athlétisme, pratiquant le cross-country. Il participe au tour de Spa avec Zatopek, plusieurs fois à Hannut et sera plusieurs fois champion de la province avec son club de Gembloux. Il participe également à pas moins de 25 cross organisés par le journal « Le Soir ».
Du cross il passe à la marche, tentant avec succès les 100 km de Bruxelles-Liège organisé par Gaston Reiff, les 20 km de Hollande, la marche des centurions en Angleterre, les 6 heures de Perpignan, les 200 km de Narbonne (4 victoires)….

En 1970, il se décide à passer les tests éliminatoires en vue de participer au mythique  Paris- Strasbourg, les réussit et se lance dans l’aventure: plus de  500 km à pied. D’abord avec  des moyens peu appropriés au point de vue matériel et équipe ; et puis, avec des moyens plus adéquats, il réalisera les exploits qui firent sa renommée:  8  participations, deux fois 2e. (1)
Ensuite, avec son épouse Irène, kiné, logopède et excellente sportive également, il s’occupe de pongisme. Il sera dirigeant de la fédération de tennis de table de Namur (F.R.B.T.T.). Il pratiquera aussi  le vélo et la marche hors compétition.(Photo 2).

Sa conception du sport et de la compétition est très saine. Il s’insurge contre le dopage qui pourrit ce monde. Contre l’argent, aussi, qui corrompt tout, et la politique qui s’insinue et s’incruste. L’ascète qu’il est ne supporte pas les compromissions. C’est tout en simplicité qu’il exprime sa devise : « Un sport sain pour un capital santé ».

Une anecdote situe bien le personnage: en été 1944, les alliés progressent et l’occupant est nerveux. Le 21 juillet - Gembloux étant  toujours occupé - il déploie publiquement, en plein jour, le drapeau national qui avait été enlevé par les autorités communales sur ordre des allemands, sur le monument aux Morts de la place Saint-Jean. (Photo 3).

Emile Alomaine a toujours vécu à Gembloux. Un temps mandataire communal, il remplit cette fonction dix-huit ans d’une manière franche et pour le dire, assez peu conforme aux habitudes politiciennes. Son action et son dévouement furent là aussi très appréciés.

Aujourd’hui, Emile reste très actif. Toujours soucieux d’une vie saine, il s’astreint encore quotidiennement  à de la musculation et du vélo d’intérieur.

Il a fêté son nonantième anniversaire le 2 février 2015. Compliments Monsieur Alomaine.
Et excellente continuation.


Photo extraite de la revue Confluent - n° 66 - avril 1978 (photo Guy Sadet).





Emile Alomaine - 2014



Photo La Meuse (V.C.)   6 janvier 2015
Emile(90) et Irène (83).





Photo: bulletin du CRAH - n° 43,année 1992 pp. 696 et 697 - Lt.-Col (H) Raoul François

Sources :

  1. Les diables de Wallonie dans l’enfer de Paris-Strasbourg, un reportage de Patrice Pascal et Michel  Wanet  (Le Soir 15-6-1976).                                                                                                        
V.A. du 26/08/1999 (s) J.B.
V.A. du 19/02/2004 (s) J.B.
V.A. du 17/07/2008 (s) Jacques Bourguignon