Haroun Tazieff, un peu gembloutois
Tout le monde connaît Haroun Tazieff. Il fut aux volcans ce que
Paul-Emile Victor fut aux pôles et ce que Jacques-Yves Cousteau fut aux
océans.
Haroun Tazieff a eu 5 nationalités. Il fut successivement Russe,
Polonais, Apatride, Belge et puis Français. Mais il était aussi un peu
gembloutois.
Des origines russo-polonaise
Haroun Tazieff est né le 11 mai 1914 à Varsovie. Son père, un médecin
russe, est appelé à la guerre et tué rapidement. Sa mère, polonaise,
chimiste, sociologue, philosophe, peintre et « passionaria » de la
révolution russe l’emmène à Petrograd, à Tiflis et émigre finalement à
Bruxelles en 1921. Il est élevé par sa mère, militante communiste
convaincue et par son « plus que père », le romancier et poète Robert
Vivier. Sa scolarité débute dans un athénée à Bruxelles .
Un étudiant sportif, contestataire et turbulent
C’est ainsi qu’il se définissait lui-même.
En 1932, Haroun Tazieff s’inscrit à l’institut agronomique de
Gembloux pour décrocher le grade d’ingénieur agronome, spécialité
coloniale, le 29/10/1938. Au cours des 6 années qu’il passera à
Gembloux, il se fera des amis, comme Emile Lacroix, qui sera Ministre et
ensuite Gouverneur de la province de Namur. Sportif aussi Haroun
Tazieff : il pratique la boxe dans une salle à l’étage du « Grand
Salon », un café qui se situait rue des Abbés comte, aujourd’hui le
parking de l’église. C’est là, où se déroulaient parfois des matches de
boxe, qu’il suit assidument les cours donnés par Henry Chantraine du
boxing club gembloutois . Haroun Tazieff confiera plus tard dans sa
biographie qu’il fut à deux doigts de représenter la Belgique aux J.O.
de Berlin en 1936. Mais sa mère le lui défendit… Il pratiqua aussi
l’alpinisme, le rugby et la plongée.
Le jeune homme aime aussi la guindaille. Il participe activement à
une action qui va choquer les gembloutois pieux: le dynamitage du
« Buisson Saint Guibert », peu avant le passage de la procession, en mai
1934.
En 1938, il poursuit ses études à Liège, à l’école des Mines de l’université. C’est ainsi qu’il découvre la géologie.
Il acquiert la nationalité belge en 1939 et intègre la Cie école des
Chasseurs ardennais, rue de Fer à Namur. Il fera la campagne des 18
jours au 2
e Rgt des Ch.A . Blessé, fait prisonnier par les
allemands, il s’évade et, comme beaucoup de jeunes militants
communistes, il entre dans la clandestinité et la résistance. Le réseau
auquel il appartient, les Partisans Armés du Front de l’Indépendance,
lui demande de rejoindre le groupe Liège-Seraing. En sa qualité
d’ingénieur, il s’occupera de sabotages de voies ferrées et de lignes
électriques. Une mission qu’il poursuivra jusqu’en juin 1944.
Le Congo et le coup de foudre pour les volcans
La paix revenue, il est engagé par une société qui l’envoie au
Katanga comme prospecteur de gisements d’étain. Il se fait rapidement
engager par le service géologique du Congo belge pour cartographier la
région du Kivu. En 1948, il se trouve sur les lèvres du cratère du
volcan Kituro lorsque se produit une éruption. A 34 ans, sa vie
bascule : il sera volcanologue.
Il n’aura pas son pareil pour faire partager avec le grand public sa
passion des volcans. Inlassablement il va vulgariser cette discipline
jusqu’alors méconnue. 23 livres, de nombreuses conférences, 6 films,
des photographies : il ne néglige pas ses efforts pour faire partager
son émotion face à la beauté d’une éruption volcanique : « Pour en
restituer la beauté, il faudrait être un Van Gogh ! » disait-il. Jean
Cocteau l’avait surnommé « le poète du feu » .
Politique et déceptions
Au milieu des années 60, Haroun Tazieff, marié à une Française, et
déçu par la Belgique qui, estimait-il, n’avait pas suffisamment reconnu
ses engagements courageux durant la guerre, opte pour la nationalité
française. Expert de L’Unesco, il enseigne à Paris et à Bruxelles avant
d’être nommé directeur de recherches au CNRS.
Bientôt, son engagement à gauche l’amène tout naturellement à exercer
des fonctions politiques où il pense servir les causes qu'il défend,
comme la protection de la nature et la défense de l’environnement. Il
deviendra conseiller du Président Mitterrand, puis maire de Mirmande,
une petite commune de 418 habitants dans la Drôme et enfin, secrétaire
d’Etat à la Prévention des risques majeurs de 1984 à 1986. Souvent
critiqué, disposant de moyens dérisoires, parfois intransigeant, il
claque la porte et déclare : « Les cabinets ministériels me sont odieux
et je suis heureux de quitter mon poste de ministre-gadget ». Il fera
pourtant un retour en politique en entrant au Conseil général de
l’Isère en 1988 à la demande du maire de Grenoble et Ministre de l'
Environnement Alain Carignon dont il devient conseiller à la Sécurité
collective. Il fondera ensuite avec Brice Lalonde le parti Génération
écologie dont il s’éloignera finalement tout en restant un ardent
défenseur de l’environnement.
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Haroun Tazieff s’est éteint à Paris le 5 février 1998 à l’âge de 83 ans.
Le Président Jacques Chirac lui a rendu ainsi hommage : « l’un des
grands aventuriers de ce siècle, l’un de ceux qui servent une passion
autant qu’ils illustrent une discipline ».
Entre Haroun Tazieff et Gembloux, c’est une longue histoire d’amitié
qui se fermait. Il aimait, en toute simplicité, revenir dans la localité
où, pour les ainés, il a laissé des souvenirs d’un étudiant participant
pleinement à la vie locale. Le bourgmestre Dominique Notte soulignait
justement à l’occasion de son décès qu’il avait contribué au renom de la
ville de Gembloux à travers le monde.
Il avait été nommé docteur honoris causa de la Faculté le 5 mai 1982.
Sources :
Haroun Tazieff, une histoire belge DH du 11/05/2014 (s) Eddy Przybylski
Le Soir du 6/8/1998 (s) Jacques Cordy
V.A. du 6/8/1998 (s) Yves Vander Cruysen
Liens utiles:
Archives SONUMA -Haroun Tazieff, docteur honoris causa (05/1982)
http://www.sonuma.be/archive/haroun-tazieff-docteur-honoris-causa