samedi 26 décembre 2015

TERRA, un projet pour l'agriculture du futur



TERRA, un projet pour l’agriculture du futur


La faculté de Gembloux  Agro-BIO Tech lance un projet multidisciplinaire d’envergure qui ambitionne, rien de moins, que de réinventer l’agriculture. A l’initiative d’Eric Haubruge, son vice-recteur, « Terra » va s’atteler à repenser l’agriculture dans une approche globale.

Plus de 200 chercheurs et professeurs vont travailler de concert autour de trois Centres d’Appui à la Recherche et l’Enseignement (CARE) qui correspondent à trois grands domaines d’expertise de l’Institution. Cette grande plateforme représente un investissement de quelque 20 millions €




Agriculture is Life

Déjà opérationnel dans une ferme expérimentale, ce premier centre est dédié aux recherches visant à développer des alternatives de production et de transformation des agro-ressources en intégrant les nouvelles contraintes techniques, économiques, sociales et environnementales. L’objectif est de permettre aux populations de disposer de ressources alimentaires locales de qualité et financièrement accessibles, de préserver la biodiversité, d’économiser les ressources en eau, d’éviter la dissémination de substances toxiques dans l’environnement, de réduire la dépendance énergétique des exploitations agricoles et de remodeler des paysages cohérents.

Environment is Life

Huit stations expérimentales (écotrons - phytotrons) seront construites et permettront de reproduire les climats extrêmes et changeants en modifiant de nombreux paramètres (humidité, température, pluviométrie, composition atmosphérique, l’exposition à tel ou tel insectes nuisibles,…) afin de prédire comment une plante réagira aux changements à venir sur les systèmes de production agricole et sur la diversité biologique.  Cet outil, techniquement complexe et coûteux (400.000€ par cabine) sera unique en Europe.

Food is Life

S’articulera autours d’ateliers avec des équipements professionnels, de laboratoires d’analyses et de locaux dans lesquels travailleront les chercheurs. L’objectif est de mettre au point des procédés de fractionnement, de purification et de transformation des agro-ressources, opérations qui constituent des étapes essentielles pour le développement de biomolécules, à la fois dans une optique de recherche et dans une optique de soutien au développement d’entreprises innovantes.


Comme on le voit, il s’agit d’un projet d’envergure appelé à générer une nouvelle dynamique de recherche au service de la société dans son ensemble.
« Terra » sera davantage qu’un centre de recherches. Le projet est conçu sur un modèle d’outre-atlantique, ce qui signifie que les entreprises auront la possibilité de venir s’installer autour de l’université pour utiliser les équipements techniques et scientifiques des chercheurs. Synergie donc…
Il reste peu de place autour du site mais il faut s’attendre à d’autres investissements immobiliers à venir dans les parcs alentours ; à Gembloux, aux Isnes et à proximité du nouvel incubateur Food is Life de Sambreville qui a été conçu pour accueillir les spin-offs et start-ups actives dans le secteur de l’agro-alimentaire.


Sources :
-          L’agriculture en question par François Colmant – http://www.wawmagazine.be
-          Gembloux, un nouveau bâtiment pour préparer l’agriculture et l’alimentation de demain par OPPENS Xavier Van – RTBF -  http://www.rtbf.be/info/regions   (26/05/2015)

mardi 22 décembre 2015

Olbert, grand artisan de l'âge d'or de l'abbaye bénédictine



Olbert,
grand artisan de l’âge d’or de l’abbaye bénédictine


Au XIe s. l’abbaye de Gembloux atteint un des sommets de son histoire. L’abbé Olbert (1012-1048)
y contribua largement. C’est le grand siècle de Gembloux.

Ses origines et sa formation
Olbert naquit vers 980-985 à Leernes (canton de Fontaine- l’Evêque) qui dépendait alors de l’abbaye de Lobbes. Ses parents étaient de bonne condition et pieux.
C’est à l’abbaye de Lobbes qu’il reçut sa première formation. Initié à la vie bénédictine, en même temps qu’aux savoirs littéraires et scientifiques (les sept arts libéraux disait-on alors) par l’abbé Hériger (990-1007). Ce maître d’une exceptionnelle valeur était l’ami du prince évêque de Liège, Notger, au service duquel il était resté plus de dix années. C’est sous sa bienveillante mais ferme conduite qu'Olbert développe ses qualités intellectuelles et morales.
Avide de savoir, Olbert s’en alla compléter ses études en France où il demeura cinq années.                 Il séjourna d’abord au monastère de Saint-Germain- des- prés à Paris. Puis il passa environ trois ans à Troyes. Il partit ensuite pour Chartres où enseignait le grand Fulbert.
Il rentra ensuite à Lobbes avant de partir pour Worms, vers 1008, comme précepteur de l’évêque Burchard. Il y demeura environ quatre années et devint un familier du prélat qui lui offrit de demeurer près de lui. Devant son refus, il le recommanda à Baldéric II, l’évêque de Liège (1008-1018).

La nomination à l’abbatiat de Gembloux (1012)
L’occasion d’accéder au désir de son collègue et amis, l’évêque de Liège le trouva peu après, quand l’abbatiat de Gembloux  devint vacant. L’abbaye de Gembloux  était alors entièrement soumise à la juridiction du prince évêque de Liège, depuis 988.
Il délibéra avec son conseil sur le successeur à donner à Erluin le Jeune décédé en 1012 et constata avec satisfaction qu’Olbert était considéré comme l’homme idéal pour remplir pareille tâche.           En dépit du fait que la communauté monastique n’avait pas été consultée, conformément à la règle bénédictine et à la charte de 946 qui autorisait les moines à élire leur abbé, le nouveau supérieur gembloutois reçut la bénédiction abbatiale le 21 septembre 1012, après une courte résistance des moines de la communauté ulcérés de la façon cavalière dont le prince évêque avait agi à leur égard.

La réforme de l’abbaye de Gembloux
Dans son œuvre de réforme, l’abbé Olbert fit preuve de prudence et d’habileté. Il restaura la discipline et favorisa l’essor des lettres et des sciences. Il incita ses religieux à enrichir leur science du sacré au contact de la Bible et des Pères de l’Eglise. Il voulait une stricte application de la règle de saint-Benoît en matière de pauvreté individuelle et d’obéissance. Il souhaitait que les bâtiments claustraux fussent pourvus de tout le nécessaire à la vie monacale  et que le temporel reposât sur des bases solides. Ainsi, les moines n’auraient à quitter le couvent que le moins possible. Ils jouiraient aussi de la liberté d’esprit requise à l’accomplissement de leur tâche spirituelle au service de Dieu.

Les acquisitions territoriales
Une des principales causes du relâchement monastique pendant l’abbatiat d’Erluin avait été le dénuement de l’abbaye. Aussi, Olbert s’appliqua-t-il à remettre de l’ordre dans les affaires temporelles. Si bien que Sigebert a pu dire qu’on n’aurait pu, au point de vue des aptitudes à gérer les intérêts matériels, lui trouver un talent supérieur…
Les dons affluèrent. Ils servirent à des achats de propriétés, comme une partie de Grand-Manil.        Ils contribuèrent aussi à de fructueux échanges. Le domaine monacal s’en trouva bientôt quasi doublé.

La reconstruction du monastère
Cette heureuse administration temporelle permet également à Olbert de reconstruire intégralement le couvent. Les bâtiments claustraux, trop exigus, comptaient alors trois quarts de siècle. Certains menaçaient ruine. Qui plus est, l’église Saint-Sauveur servait à la fois à la paroisse et au monastère.
Olbert décida de donner à ses religieux une abbatiale destinée à leur usage exclusif. Il voulut lui ajouter de nouveaux bâtiments monastiques avec leurs ateliers et dépendances.
La septième année de sa prélature, il jette les fondements de l’abbatiale que l’évêque de Liège consacre en 1022. Cette église subsistera jusque vers l’année 1782, lorsque Jacques Legrain, l’avant dernier abbé de Gembloux (1759-1790), en ordonne sa démolition.
Olbert se plut à fournir à la nouvelle abbatiale un riche mobilier, disparu en grande partie à la fin du XIe s. Les restes de Saint Guibert et des trois premiers abbés furent transférés dans la crypte.

La bibliothèque du monastère
Pendant son abbatiat de 36 années, Olbert, grand lettré comme on l’a vu, a réussi à doter la bibliothèque de 150 nouveaux manuscrits, dont une centaine de science sacrée et le reste de sciences profanes. Certains de ces ouvrages ont pu être achetés ou reçus gracieusement mais la plupart furent le résultat du travail des bénédictins de Gembloux qui s’occupaient à la transcription des grandes œuvres antiques et médiévales que l’on pouvait trouver, en prêt, dans divers centres intellectuels, comme les bibliothèques de Liège, de Lobbes et d’autres abbayes de Lotharingie. Il arrivait que des moines soient contraints à ces travaux par mesure disciplinaire. Quinze manuscrits du XIe s. portant la mention de Gembloux sont conservés à la Bibliothèque Albert Ier à Bruxelles.
Pareille activité littéraire constitue, alors, une innovation à Gembloux. Il fallut attendre un siècle après Olbert pour retrouver un prélat soucieux comme lui d’enrichir la bibliothèque de son couvent.

L’école de Gembloux
Olbert fut aussi un maître  remarquable. Il enseigna à de nombreux élèves, réguliers, séculiers, et laïcs, dont plusieurs de la cour impériale.
Il sut leur inspirer le goût de l’objectivité historique, le recours aux sources directes et dignes de foi, le rejet de toute tradition douteuse et la mise en garde contre le délire de l’imagination.
Sigebert évoque son « visage terrible, maniant facilement la férule ».
A la richesse matérielle de l’abbaye correspond le développement du patrimoine intellectuel.          Les arts, les lettres et les sciences prennent un magnifique essor. L’école de Gembloux jette un éclat qui brille dans toute l’Europe.

L’abbé de Saint-Jacques à Liège (1020-1048)
En 1015, à la demande de l’évêque de Liège Baldéric II (1008-1018), fut entreprise la construction de l’abbaye Saint-Jacques, sur une île de la grande cité mosane.
Ce furent les moines de Gembloux qui en occupèrent les bâtiments si tôt que possible
Après avoir longtemps résisté aux sollicitations de Baldéric II et de son successeur, Olbert finit par accepter d’en être le premier abbé. Pour peupler le couvent il fit venir de Verdun et peut être de Florennes des moines bien disciplinés. Comme il l’avait fait avec les religieux de Gembloux, il prit soin d’employer une partie de leur activité à la transcription de manuscrits.
Le 29 juin 1048, Olbert fit ses adieux à la communauté gembloutoise. Il regagne alors Saint-Jacques où une forte fièvre le saisit. Il meurt à Liège le 14 juillet 1048.
Lorsque les moines de Gembloux apprirent son décès, ils accoururent à Liège. Ils ne purent cependant obtenir que la dépouille mortelle du rénovateur de leur couvent leur fut rendue.
Olbert fut enterré dans l’église abbatiale Saint-Jacques, sous la couronne du chœur.
Il avait présidé pendant trente-six années aux destinées de Saint-Pierre à Gembloux et vingt-huit autres à celles de Saint-Jacques à Liège.






Ndlr.
Cet article est un condensé du texte de Joseph Toussaint, docteur en histoire et historien de la ville de Gembloux, publié dans son remarquable ouvrage  « Gembloux, la ville et l’abbaye »                       éd. de L’Orneau -1977.

J’ai consulté aussi et repris certains renseignements utiles dans l’ouvrage de Léon Namêche           « La ville et le comté de Gembloux » éd. J. Duculot -1964.

mercredi 11 novembre 2015

Lucien Somme


Lucien Somme

16/10/2015 20:15Lucien Somme est né à Saint-Aubin (Florennes ) le 29 avril 1932.
Sa famille s’exprimait beaucoup en wallon et il s’est vite senti en parfaite symbiose avec cette langue.
Il a rédigé de nombreux poèmes, des fables aussi, et puis s’est lancé dans l’écriture de plusieurs romans (une dizaine entre 2001 et 2010), sans compter ses travaux lexicographiques. Il participa aussi activement à la rubrique dialectale Chîjes èt pasquéyes  de « L’Avenir » du samedi.
Après des études à Tournai et quelques années à l’armée, il s’installe à Gembloux avec son épouse Agnes.
Il travaillera à la Manufacture, suivra des cours de comptabilité, sera engagé chez un notaire comme comptable avant de suivre une nouvelle formation et devenir clerc de notaire.
Mais sa passion pour l’écriture en wallon l’habite depuis longtemps. Ne déclarait-il pas : «  ce qui me touche dans le wallon, c’est la beauté des images, tandis qu’en français, on écrit pour la beauté des mots ».
Il fut membre de la Société de langue et de littérature wallonnes, président des « Rèlis namurwès »  et responsable de l’école de Wallon de Namur.
Sa complice en wallon Chantal Denis, elle-même lexicographe, grammairienne et romancière wallonne, conseillera l’auteur du dictionnaire wallon-français (Lîve di mots), corrigeant et fignolant son travail qui a duré plus de sept ans. De son côté, Lucien Somme incitera Chantal Denis – sa biographe- à rédiger un dictionnaire français-wallon qui constitue une référence en la matière.
Lucien Somme était l’ami du doyen André Henin, poète wallon de renom, avec qui il participa à de savoureux  cabarets wallons.
Lucien Somme est décédé à Namur le 27 mars 2012.
Sa biographe dira de lui : « Il était la bonté même, généreux, sensible et travailleur. Il avait le goût du beau, du travail bien fait. Arrivé au sommet de son art, il était devenu très exigeant sur la qualité des écrits wallons, ce qui ne lui valut pas que des amis ».
Il fut fait Citoyen d’honneur de Gembloux en 2003.



Lucien Somme, à la bibliothèque A. Henin à Gembloux, le 16/12/2016
lors de la présentation de son 6ème roman  Djan-Leup

samedi 8 août 2015

Le CRA-W


 Le CRA-W

 (Centre wallon de Recherches agronomiques)

Cet établissement scientifique, fondé en 1872,  emploie plus de 450 personnes dont 120 scientifiques -  docteurs en sciences agronomiques, ingénieurs, licenciés. Implanté sur 3 sites (Gembloux, Libramont et Mussy-la-Ville), ses activités couvrent quelque 300 ha de bureaux, laboratoires, vergers et champs d’expérimentation. Régionalisé depuis le 1er octobre 2002, le CRA-W, maintenant Organisme d’intérêt Public, est l’unique centre de Recherches agronomiques public de la Région wallonne.
Cinq axes majeurs définissent ses orientations et objectifs opérationnels :
  • Améliorer le cadre de vie, préserver l’environnement et produire durablement
  • Améliorer l’alimentation humaine, préserver la santé des consommateurs et tenir compte des analyses des comportements alimentaires
  • Diversifier les produits et leurs usages, améliorer leur compétitivité et celle des producteurs et des entreprises
  • Adapter les espèces, les pratiques et les systèmes de production à des contextes changeants
  • Eclairer la décision des acteurs publics et privés


Source :www.ssrw.be/home/fr/menu-gauche/ssrw-notre-service-social/organismes-beneficiaires/cra-w-centre-wallon-de-recherche-agronomique.html

Les Tours Saint Guibert

Les Tours Saint Guibert

22/12/2014 14:38 L’histoire de Gembloux est intimement liée à celle de son abbaye fondée selon la tradition en 922,  par le chevalier Wicbertus (Guibert).
  • La  Grande procession de septembre
Le 23 septembre 1110, jour de sa canonisation, son corps fut présenté à la vénération des fidèles. Plusieurs prodiges marquèrent la cérémonie. Ceux qui doutaient encore de sa sainteté aperçurent dans le ciel une croix entourée d’un cercle rayonnant. Le miracle impressionna profondément  le peuple. Et durant plusieurs siècles,  le dernier dimanche de septembre, les Gembloutois en célébrèrent le souvenir. A cette occasion, la châsse contenant  les reliques de Saint-Guibert était solennellement  portée en procession autour de la ville, escortée par le clergé régulier et séculier, le Bailli et ses échevins, les archers du XVe s. et les serments des arbalétriers et des arquebusiers  des XVIe et XVIIIe s., au son des tambours, au bruit des salves, par toute la  population en liesse (1). Comme  le note L. Namèche,  le sentiment religieux n’avait cessé d’être ancré profondément dans l’esprit de la population de la Terre de Gembloux. Les excès des calvinistes et, plus tard, des Gueux au XVIe s, semblent avoir encore avivé chez elle la foi fervente et la dévotion.
Lors du sac de l'abbaye par les Gueux en 1568, le couvent fut pillé. Parmi les décombres qu'ils laissèrent à la suite de leur sac, on recueillit des morceaux de l'antique châsse de saint Guibert, dont les reliques avaient été profanées. Dom Hanquart s'empressa de réparer ce sacrilège: il fit sculpter une nouvelle châsse digne du fondateur de l'abbaye.
L’itinéraire de cette procession était long. Dix kilomètres. Les deux points extrêmes étaient le moulin de Bedauwe et celui de l’Escaille. La ville offrait, suivant une coutume immémoriale, le vin, des biscuits et des «succades» aux prélat, religieux et magistrats pendant les quelques instants de repos que s’accordait le cortège. Le vin et les « succades » de la procession de la dédicace, de même que la poudre des salves, étaient un article ordinaire du budget de la ville. La ville rafraîchissait d’ailleurs la jeunesse de bonne bière, préludant ainsi, après la procession, aux réjouissances profanes de la kermesse. Pendant combien d’années cette célébration festive eut-elle lieu ? Difficile de répondre précisément.
  • Le Tour Saint Guibert
Le  « Tour Saint Guibert » est  une procession nocturne  qui avait lieu le 23 mai, date de la mort de Saint Guibert à l’abbaye de Gorze, en Lorraine, en 962. Les pèlerins refaisaient l’itinéraire de la Grande procession de septembre, s’arrêtant aux chapelles et potales pou ry  réciter des prières et chanter des cantiques (2).
C’est aussi une tradition d’un lointain passé qui avait été abandonnée, écrit l’abbé Joseph Toussaint, sans doute au moment de la suppression du monastère bénédictin en 1796. Mais, à l’occasion des fêtes du millénaire elle fut remise à l’honneur sous le nom de  « Tour Saint Guibert » par l’abbé Camille Sorée (1916-1922) en prélude aux festivités marquant les dix siècles de la fondation de l’abbaye, la date encore admise alors étant 922.
On sortait de l’église le 22 mai à minuit et l’on rentrait vers 4h30 du matin pour la célébration de la messe anniversaire. Le tombeau du saint moine, et plus tard le « Vieux Bon Dieu » qui se trouvait place de l’Aitre, était fleuri d’aubépines cueillies au Buisson Saint Guibert auquel  la tradition orale attribuait une origine miraculeuse. Passant par l’actuel quartier de l’Agasse en 957, Guibert aurait enfoncé dans le sol son bâton qui se serait mis à fleurir d’aubépines. Depuis  cette date, le prodige se renouvelait chaque année. Malheureusement, en 1934, des vandales dynamitèrent l’arbuste peu avant le passage de la procession.
L’itinéraire de ce Tour était le suivant : en sortant de l’église, on montait la Grand-Rue, il y avait un premier arrêt place Saint-Guibert, près de la pompe communale (aujourd’hui disparue) surmontée de la statue du Saint, ensuite, on se dirigeait vers la Chapelle-Dieu.  Aujourd’hui, on gagne la place Saint Guibert par la rue du Huit mai et la rue Gustave Docq, dénommée autrefois rue des Remparts. Dans cette rue se trouve la Chapelle N.-D. du Rempart édifiée en 1852.
De la Chapelle-Dieu, élevée en mémoire de la bataille de 1578, par la rue de Mazy  on arrive à la cité Tous vents et sa jolie Chapelle N.-D. des Enfants. Par les rues  Chapelle Moureau , de la Rochette, de la Treille, de  Bedauwe,  la place Séverin, on aborde, pour un arrêt plus long, l’église Sainte Thérèse à Grand-Manil.  Les pèlerins poursuivent alors par les rues du Paradis, des Résistants (N.-D. de Fontenelle), av. Général Mellier, pour arriver à la Chapelle N.-D. de Moha. Ensuite, av. Moine Olbert, rue Buisson Saint Guibert avec, bien sûr, un arrêt à la potale rappelant le légendaire buisson (3). Le cortège gagne alors la chapelle Marion, la rue Hambursin,  pour redescendre vers la place de l’Orneau pour une dernière halte au début de la rue Notre Dame où une petite potale remplace une autre autrefois plus grande et qui abritait la belle statue de la Vierge aux Raisins conservée aujourd’hui dans l’église décanale.
En 1992, pour le onzième centenaire de la naissance de Wicbertus – Guibert,  la tradition fut reprise lors des fêtes de Wallonie qui, au point de vue date correspondent avec celle de la séculaire ducasse de Gembloux. Par consensus entre les autorités civile et religieuse, ce Tour festif et folklorique a lieu à présent tous les trois ans.

Sources :
  1. La Ville et le Comté de Gembloux par Léon Namèche. Ed. Duculot 1964
  2. Légendes et coutumes du pays de Namur par Félix Rousseau  -  1920
  3. Le vieux chemin de la chapelle de Moha vers l’Escaille s’appelait  «le baty  del  procession Saint Guibert ». cf. L. Namèche faisant référence à un acte du 19 novembre 1543. Avant la création du chemin de fer, il menait directement à l’Escaille en suivant le ruisseau du Rabaudy .Ce chemin a conservé le nom de « Buisson Saint Guibert ».
         L’Orneau du 23 mai 1996 – n° 21  (s) Jean Louis
Suiv. r/c/a 08/2019

Sources :
  1. La Ville et le Comté de Gembloux par Léon Namèche. Ed. Duculot 1964
  2. Légendes et coutumes du pays de Namur par Félix Rousseau  -  1920
  3. Le vieux chemin de la chapelle de Moha vers l’Escaille s’appelait  «le baty  del  procession Saint Guibert ». cf. L. Namèche faisant référence à un acte du 19 novembre 1543. Avant la création du chemin de fer, il menait directement à l’Escaille en suivant le ruisseau du Rabaudy .Ce chemin a conservé le nom de « Buisson Saint Guibert ».
         L’Orneau du 23 mai 1996 – n° 21  (s) Jean Louis
Suiv. r/a  8/2019

La châsse reliquaire de Saint Guibert. En cuivre, réalisée par les frères Dehin de Liège sous le pastorat du doyen Alexandre Otte (1871-1879).


vendredi 7 août 2015

William Cliff : portrait



William Cliff, un poète à part




Crédit photo : couverture du périodique "Le Carnet et les Instants" n° 183  - oct./nov. 2014


De son vrai nom André Imberechts, William Cliff est né à Gembloux le 27 décembre 1940.
Quatrième enfant d’une fratrie de neuf, il ne sera pas médecin comme son père mais se fera très vite un nom dans la poésie et les lettres.

Il est l’un des plus beaux poètes belges. Son talent est reconnu en  France où le prix Goncourt de la Poésie vient tout juste de lui être décerné, après de nombreux autres non moins prestigieux.
Ecole primaire à Gembloux. Puis au pensionnat, au collège de la Hulle à Profondeville.
Il étudie ensuite la philologie romane à l’UCL. Pour sujet de mémoire de licence il choisit le poète catalan Gabriel Ferrater qu’il rencontre et traduit en français. Son  influence sera décisive pour le jeune homme.

Ses poèmes sont rapidement remarqués par Raymond Queneau qui lui demande un livre pour les éditions Gallimard. Homo sum est publié en 1973. Ce fut immédiatement la consécration pour ce poète écorché vif, désespéré et romantique que l’on compare à Baudelaire, à Verlaine et à Rimbaud.
Cliff assume et revendique son homosexualité et nombre de ses poèmes sont inspirés de ses aventures charnelles, réelles ou fantasmées. Il fut, un temps, proche de Conrad Detrez. Son ami, son contraire.

William Cliff enseignera quelques temps le français, au gré des désignations de l’Etat.
Ironique, cinglant, mordant, cynique, provoquant, pitoyable et émouvant ;  il exprime une certaine nausée existentielle moderne.  Son vocabulaire est parfois cru et ses images dures.

« Vagabond livré à lui-même parce que rejeté par tous  - né pour être damné -  qui pressent que ses désirs aussi l’excluent, puisque seuls les autres garçons l’émeuvent » : c’est en ces termes que le décrit l’écrivain, critique littéraire et dramaturge Jacques De Decker. Lui aussi qui écrivait dans « le Soir » du 21/06/2000 : « Il n’est pas du goût de tout le monde que, loin au-delà de nos frontières, la belgitude poétique soit d’abord représentée par cet incorrigible non-aligné que, dans le climat de retour aux convenances académiques auquel nous assistons,  les ouvrages officiels abordent strictement sous l’angle anecdotique :  les bien-pensants ne s’accommoderont jamais – et ce n’est pas étonnant - de ce vagabond contemporain qu’on ne verra jamais rallier aucun confort intellectuel ».
Le commentaire d’Alberte Spinette , in Alphabet des Lettres belges de Langue française illustre on ne peut mieux cette analyse : « Ce raton laveur du lyrisme national préfère la saleté miséreuse du Quartier Nord et des cinés pornos (sans jamais y croire) aux lieux et cafés littéraires (sans les éviter systématiquement) ».

William Cliff habitera un temps à Bruxelles, Rue Marché au Charbon, dans une mansarde sous les toits. Mais il voyage beaucoup.
Au cours de ses nombreux voyages, en Europe, en Asie, en Amérique, William Cliff se comporte en reporter inspiré. Pas un cliché dans ses choses vues à Göteborg, à Kharkov, au Caire ou à Montevideo : seulement à chaque fois le constat de l’humaine misère.
Adepte du parler vrai, il revendique un langage simple et direct. Ni symbole ni parabole, ni illumination ni démiurgie, mais l’évocation du plus urgent, le plus réel, du plus brutal : manger, dormir, boire, désirer. Une poésie qui racle l’âme, faite d’expériences sensibles, d’épreuves et de circonstances ponctuelles. L’espoir, la détresse ; la beauté, la laideur ; la rencontre, la solitude. Un monde où le sourire est rare, où, armé de ses seuls sens, un homme tente le plus souvent de survivre que de vivre. Cliff a fait le choix d’une certaine marginalité, parce qu’il préfère le provisoire au définitif ; le nomadisme à l’embourgeoisement.

L’homme a rejoint Gembloux, sa terre natale. Pas sûr qu’il y pose définitivement son sac. Le vagabond est toujours aux aguets. Il ne s’incruste nulle part. Et le monde est si vaste. Et, comme il l’écrit dans sa nouvelle « Rue Fonsny » : » …ici, cela ne vaut pas la peine de rester n’est-ce pas ? Ici on ne fait que passer, là-bas est la vraie vie, celle qui mérite qu’on la vive, car ici on n’a pas les moyens, ici on ne vit qu’en regardant les trains passer et s’éloigner à jamais loin d’ici ».





Sources
Le Matricule des Anges – Richard Blin
« Le Soir » – Jacques De Decker
Voix d’auteurs – William Cliff
Poètes de l’espace Wallonie - Bruxelles
http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Cliff
Bruxelles littéraire (éd. Pré aux Sources) 1987

Portrait de W. Cliff (août 1982) - archives SONUMA
http://www.sonuma.be/archive/william-cliff-po%C3%A8te 

Fernand Séverin : portrait




Fernand Séverin



Se situant entre le symbolisme et le Parnasse, entre la Wallonie de son ami Albert Mockel et la Jeune Belgique (parnassienne et naturaliste), Fernand Séverin est un poète authentique.
Il est né à Grand-Manil  (commune fusionnée avec Gembloux en 1965), à la ferme de Penteville, le 4 février 1867 « dans une région , a dit Hubert Krains, où la Hesbaye commence à se dépouiller de sa grandeur austère pour revêtir le charme pittoresque de la campagne brabançonne ». Il devait se souvenir de son pays natal et de impressions que les larges horizons lui avaient laissées.
Enfant sérieux, trop tôt privé, par la mort, de l’amour maternel, il devait garder toute sa vie ce regard mélancolique et cet air taciturne qui  ont empreint son visage.

Ses études débutèrent en Allemagne, puis à Namur, au Collège Notre-Dame de la Paix avant d’achever ses classes moyennes à l’Athénée Royal de Bruxelles. Après des  études de philosophie et lettres à l’U.L.B., il enseigne à Virton , et à  Louvain (1896). Il est nommé en 1907 à la chaire d’histoire de la littérature française de l’Université de Gand.

C’est à Gand qu’il mourra le 4 septembre 1931 au terme d’une vie méditative, consacrée aux arts, à sa famille et surtout à la poésie.

Les titres de ses recueils sont significatifs des thèmes qui l’inspirent : « Le Lys », « Le Don d’Enfance », « Un chant dans l’Ombre », « Poèmes Ingénus », « La Source au fond des bois »,… Animé d’un désir constant d’intériorité, de pureté, la nature lui sera toujours un refuge.
Fernand Séverin possède ce sens du mystère qui rêgne en nous et autour de nous, essence même du symbolisme, mais se refuse à désarticuler le vers et la syntaxe à l’instar de ses grands contemporains, Rodenbach, Verhaeren, Van Lerberghe, Maeterlinck.
Se tenant à l’écart de tous mouvements littéraires, il a pu préserver son originalité.


Hommages locaux au poète

 Le 13 septembre 1953, son village natal de Grand-Manil donna le nom de Fernand Séverin à la route reliant la chaussée de Charleroi à la ferme de Penteville (*). On profita de l’occasion pour inaugurer deux plaques commémoratives : la première sur la ferme natale, la seconde sur le mur de l’école où le poète avait été en pension chez l’instituteur Denis Sacré. La veuve et le fils et la belle-fille de l’écrivain assistaient à la cérémonie.

Au cours de celle-ci, le bourgmestre (1948-1964) Emile Somville déclara notamment : « Le rôle de l’administration communale n’est pas seulement de créer ou d’améliorer des routes, mais aussi – et le cas est trop rare pou ne pas en profiter – de perfectionner l’éducation des foules et de promouvoir dans leur sein le goût du noble et du beau. Au dessus de notre petite vie, de nos mesquineries quotidiennes, Grand-Manil aura, aujourd’hui, respiré l’air des sommets ».
(*) Cette rue se nomme à présent rue des Résistants mais la place de Grand-Manil porte aujourd’hui son nom.


Le timbre spécial Fernand Séverin, réalisé par le fils du poète, Marc Séverin, né en 1906, fut émis à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort du poète. La prévente se déroula les 7 et 8 novembre 1981 à Gembloux.
 La ferme de Penteville, maison natale de F. Séverin


Hommage de Grand-Manil au poète. Plaque commémorative Place Séverin.




Sources :
-« 150 ans de poésie française en Belgique » de Robert Delieu (V.A. 15/03/1980)
- Fernand SEVERIN par Henri Liebrecht in «  Les lettres françaises en Belgique » La Renaissance du Livre (1958)
- André Dulière : Les nouveaux « Fantômes des rues de Namur ».