vendredi 15 avril 2016

Histoire de la Manufacture (MBG).

Les origines de la MBG
Vers 1875, un coutelier namurois, Louis-Joseph Mathieu, avait établi à Paris un atelier de fabrication d’instruments de chirurgie qui prit rapidement de l’extension. Vers 1878, il revint à Namur pour engager un ouvrier expérimenté. N’en trouvant pas, il vint à Gembloux et engagea  Dieudonné Simal, né à Gembloux  le 27 avril 1852 et  qui travaillait dans la coutellerie paternelle.
A Paris, en 1879, Dieudonné Simal se perfectionna rapidement et fonda lui-même une maison de vente d’instruments de chirurgie au début de la rue Monge, à proximité de la Faculté de Médecine, avec un atelier tout proche. Une nombreuse clientèle de chirurgiens et de médecins fait appel à lui pour l’aiguisage de bistouris, la réparation et ensuite la fabrication d’instruments chirurgicaux.
Vers 1885, il engagea son beau-frère, Guibert Legros, et le frère de celui-ci, Auguste Legros, à venir travailler avec lui.
Guibert Legros revint bientôt à Gembloux et installa son atelier rue Chapelle Dieu, dans le jardin de sa maison. C’est là qu’il faut situer le berceau de la fabrication des instruments chirurgicaux à Gembloux.
Auguste Legros, resté à Paris, installa un magasin avec atelier en sous-sol au boulevard Saint-Michel, associé avec ses deux neveux, Alphonse et Charles Legros. Au terme de leur apprentissage à Paris, ces deux derniers revinrent à Gembloux pour fonder avec leur père, et leur frère Joseph, un atelier de fabrication, d’abord rue Chapelle Dieu et puis rue Albert.
C’est en 1905 que commença rue Albert la fabrication de mobilier de chirurgie. La famille Legros était à l’époque à l’origine de deux ateliers de fabrication d’instruments de chirurgie et de matériel à Gembloux, et de deux sociétés de vente et d’ateliers à Paris.
Création et développement de la MBG
Le 13 août 1923 eut lieu la fusion de ces quatre entités et la création de la s.a. Manufacture belge d’Instruments de Chirurgie et de Mobilier chirurgical de Gembloux (MBG) qui acquit d’emblée une renommée internationale. Le développement de cette usine grâce à ses succès commerciaux, se traduisit par une modernisation des ateliers de production  et de contrôle. Des locaux spacieux, bien agencés et bien éclairés furent mis à la disposition du personnel.
En 1927 on ouvrit à la MBG un département coutellerie dans le but de développer la production mécanique.
En 1928, l’entreprise  occupait 300 personnes. Une croissance trop rapide et la crise économique de 1929 nécessitèrent une nouvelle réorganisation.
Le 10 mai 1935, un incendie détruisit les magasins et une partie des ateliers. La remise en état était à peine terminée que le 12 mai 1940 les bombardements de Gembloux détruisirent les bureaux et magasins.
A la libération, l’activité reprit normalement  et les installations retrouvèrent progressivement leur état antérieur. L’année du 25e anniversaire (1948), le chiffre d’affaire était de 50 millions de Bef
Au moment le plus faste, au début  des années 80, 400 personnes étaient occupées.
La société comptait  trois filiales en France et faisait distribuer ses produits dans le monde entier. Vers 1985, elle exportait 72% de sa production « chirurgie », 53% de sa production « mobilier » et 45% de ses produits « stérilisation ». Toutes ces productions  étaient  vendues sous la marque déposée « D. Simal ». La MBG gérait également le négoce de matériel médical importé comme les éléments nécessaires à la réalisation de prothèses, de greffes, etc.
En 1987, environ 200 personnes étaient encore occupées à Gembloux.

Le déclin et la reconversion du site.
Des problèmes de gestion et  de concurrence étrangère sonnèrent bientôt le glas de la MBG qui ferma ses portes en 1993. On peut dire qu’elle fut victime de la mondialisation  qui lui avait tant apporté. Après la fermeture, les autres sites furent rachetés par des groupes américains qui, une fois le savoir faire belge en poche, s’en sont retournés outre-atlantique, ne laissant derrière eux que vestiges industriels.
C’est en 1993 que fut crée la société «  Simal s.a. » qui continua la production d’instruments chirurgicaux mais fut complètement détruite par un incendie en 2001. Olivier Rouvez, ancien responsable de Simal s.a. créa en 2002 sa propre entreprise sous le nom de « SIBEL » ( Surgical Instruments Belgium s.a.).
La fabrication d’instruments chirurgicaux se perpétue donc dans le zoning de Gembloux. SIBEL est devenu un leader mondial de la fabrication d’instruments en titane utilisés pour les opérations sous scanner.
Les bâtiments industriels de la rue Albert furent démolis en juillet 2008 pour faire place à un nouveau complexe immobilier réalisé sur 1,3 ha par la société  « La Grande Prairie », filiale du groupe Vastapane. Il s’agit d’un ensemble mixte de logements, bureaux, commerces de proximité, avec  place publique et parkings souterrains.
Sources :
Ce texte est très largement inspiré de celui publié sur le site  http://www.mot.be/w/1/index.php/WebLogoWho/00000074?language=En
J’observe que celui-ci  mentionne sobrement la référence « Nederlandt ». Il  ne peut s’agir que de Pierre Nederlandt, administrateur du CRAHG, qui a publié  en 2007 un remarquable ouvrage de 134 pages, intitulé « La coutellerie à Gembloux » (Ed. les  Presses agronomiques de Gembloux). http://www.pressesagro.be/catalogue/reference/73.html
  • V.A. du 28 juin 2008 (s) Bruno Malter
  • Le Soir du 19/06/1988 (s) P.H.
Dieudonné Simal
 Photographie aimablement fournie par Jean-Marc GILLES
  • Sortie des ouvriers de l'usine gembloutoise ca 1910  (coll. privée Françoise Grossiord).

  • Publicité destinée aux médecins en 1923.   (coll. privée Françoise Grossiord).
Catalogue de la MBG en 1942.  (coll. privée Dries  de Potter).

  • Visite de S.M. la reine Fabiola à la MBG le 4 mars 1980. Accueil par MM. Pierre Nieuwenhuys, président du C.A. et Madgy, directeur général. L'entreprise qui s'étendait alors sur 18.000 m2 occupait 302 travailleurs et produisait une vingtaine d'articles différents. Son chiffre d'affaire en 1979 atteignait 380 millions Bef. (photo Ph. Berger).

  • Stérilisateur d'instruments de chirurgie. Ce four en cuivre, chauffé par un tube de gaz, date d'avant 1900, lorsque l'asepsie s'impose dans les salles d'opération.  (coll. privée Dries de Potter).

vendredi 11 mars 2016

2.000 ans d'histoire en terre gembloutoise



2.000 ans d’histoire en terre gembloutoise


Des esprits curieux se demandent parfois : à cet endroit, que s’est-il  passé le siècle dernier, il y a 500 ans, mille ans, 2.000…..C’est ce que j’ai cherché à savoir pour la région de Gembloux.

Région abandonnée aux âges de la pierre et du métal, à défaut de conditions favorables à l’habitat et à l’élevage, la terre de Gembloux devient à l’époque romaine, grâce à la construction de la grande chaussée de Bavay à Cologne, un lieu prospère comme en témoignent les nombreux vestiges retrouvés sur son sol. Mais cette relative prospérité dans la région s’éteint bientôt du fait des invasions barbares des IIIe et IVe siècles.

A l’époque franque, l’endroit, presque désert, se repeuple lentement. Au Xe siècle de nombreuses villas existent sur la terre de Gembloux et la fondation, par Saint Guibert, de l’abbaye sera à l’origine d’un essor économique et culturel remarquable.


« Gemmelaus », une station routière sur la chaussée romaine

Gembloux aurait une origine gallo-romaine, c’est ce qu’affirme Jules Feller, linguiste, archéologue et professeur d’Université, qui situe le point de départ du lieu au premier siècle avant notre ère.

L’endroit se trouve en bordure de la grande chaussée romaine qui, de Boulogne à Cologne, par Bavay, Tongres et Maastricht, reliait la Manche au Rhin. Cette voie, sans doute contemporaine de la fondation d’une colonie par l’empereur Claude à Cologne en 50, était d’une grande valeur stratégique, administrative, économique et culturelle.

Pendant les trois premiers siècles, Rome organise ses conquêtes et, sous la protection du limes du Rhin, les populations de la Gaule jouissent d’une paix prolongée, appelée à juste titre « pax romana ». Celle-ci se termine en 235 avec les premières incursions barbares.

En 340, Francs, Alamans et Saxons envahissent la Gaule et y commettent de terribles ravages. Gemmelaus  est détruite. La région est abandonnée par ses habitants.
Vers 355, les romains parviennent à refouler les envahisseurs au-delà du Rhin et la Gaule entière est pacifiée. Mais, vers 407, un flot de Germains franchissent le Rhin et pénètrent en Gaule.
Cette invasion consacre pratiquement la fin de la domination romaine dans nos régions. De même que l’importance du lieu sur la voie romaine.


Les périodes mérovingienne et caroloringienne et la fondation de l’abbaye

L’histoire de ces périodes qui vont du Ve au Xe siècle reste obscure.
Au début du Xe s. Gembloux fait partie de la lotharingie, définitivement rattachée à l’empire germanique en 925 par Henri l’Oiseleur. Il se rattache au spirituel à l’évêché de Liège.

Un document mentionne l’existence, au début du Xe s , de plusieurs villas ou exploitations agricoles dans la région. Le nom même de Gembloux est cité pour la première fois dans une charte du roi Otton datée du 29 septembre 946. Dans ce document, Otton confirme la fondation du monastère de Gembloux par Saint Guibert et sa dotation par Gisèle, aïeule de Guibert. Il lui accorde divers privilèges. Les donations de Guibert et de Gisèle se situent vers 922, date de la fondation de l’abbaye bénédictine.

Gembloux serait vraisemblablement resté un modeste village comme les communes voisines, mais l’abbaye va transformer les conditions d’existence des ses habitants. Par le travail des moines, la terre de Gembloux va s’enrichir et s’étendre. Peu à peu un bourg se forme autour de l’abbaye et, dès 946, jouit de nombreux privilèges propices à son développement économique et culturel.

Au cours du XIe s. Gembloux prospère singulièrement. En 1185, c’est une bourgade, c'est-à-dire une localité dotée de franchises et de libertés ; un oppidum, situé à l’intérieur des remparts de pierres, que défendent des tours et des fossés et que percent quatre grandes portes.

Dès le XIIe s. nos régions virent s’affronter à maintes reprises les armées des comtes de Namur et de Hainaut, des ducs de Brabant et même des princes évêques de Liège. La population subit bien entendu les malheurs que l’on imagine.

Il serait illusoire, dans le cadre restreint de ce rapide survol historique local, de mentionner toutes les vicissitudes que connut la ville et la région durant le moyen-âge et sous l’ancien régime.

Il y eu les guerres, de nombreuses invasions, des incendies (1136, 1156,1185, 1678, 1849), des pillages, des épidémies (le choléra en 1832 et 1866)… Mais ces périodes sombres et troublées furent heureusement entrecoupées de moments de paix et de prospérité.
Pour faire court, on se rappellera quelques grandes étapes historiques auxquelles nos régions furent confrontées et qui eurent un impact plus ou moins fort sur la ville et ses habitants :

La rivalité franco-espagnole (1541- 1557).
Les guerres de religion (1557 - 1598).
L’invasion française (1643 - 1644).
Les guerres de Louis XIV (1667-1678 et 1683-1697).
La guerre de succession d’Autriche (1740-1748).
Reconstruction de l’abbaye (1759-1785) par l’architecte Laurent-Benoît Dewez.
L’occupation française et l’agonie de l’ancien régime (1793).
L’empire français (1795-1814).  Le 1/12/1795, le directoire supprime les ordres et les congrégations religieuses. L’abbaye est supprimée le 11/10/1796.
Le régime hollandais (1815 -1830).

Vers la fin de la période hollandaise des voies de communication routières furent créées, comme la chaussée allant de Saint-Michel au Docq et celle de Wavre à Namur.

Vers 1830, on recensait à Gembloux près de 2.200 habitants. Le bourg proprement dit restait blotti dans la vallée. On cultivait aux alentours du froment, du seigle, de l’épeautre, de l’avoine du lin et du colza. L’élevage s’étendait aux chevaux, aux bêtes à cornes, aux porcs et aux moutons.
L’industrie comptait des ateliers de coutellerie, 2 brasseries, 4 moulins à farine et 3 pressoirs à huile (stordoirs).

Vers 1850, le haras national de Tervueren, créé par ordre de Napoléon, fut transféré, jusqu’en 1864, dans l’ancien quartier abbatial.

En juillet 1860, l’école agricole de Thorout, créée onze ans plus tôt, et fermée en 1859 pour non-renouvellement de bail, est transférée à Gembloux pour former l’institut agricole. Les bâtiments de l’ancienne abbaye (supprimée en 1796) et ses terres sont d’abord loués avant d’être achetés par l’Etat belge en 1881.
Cette école deviendra la faculté des Sciences  agronomiques. Elle se nomme à présent Gembloux Agro-Bio Tech. Cette remarquable institution est l’une des neuf facultés de l’Université de Liège.

La voie de chemin de fer de Bruxelles à Namur fut mise en œuvre en 1851. Le tronçon La Hulpe – Gembloux fut ouvert au service en juin 1855 ; le tronçon Gembloux – Rhisnes trois mois plus tard. Namur fut atteint en avril 1856.

La ligne Ligny – Sauvenière fut mise en service en 1865. Elle fut ensuite étendue vers Fleurus et vers Landen. La ligne Gembloux – Jemeppe-s-Sambre date de 1877.

Dès 1895, des lignes vicinales complétèrent le réseau de transports ferrés en pénétrant davantage dans les campagnes alentours.

Un développement industriel se fait jour:

1867, Camille Descampe crée une distillerie agricole, une fabrique de levure pour la panification et une malterie.
Vers 1870, Max Ledocte établit une sucrerie.
À la même époque, la famille Cassart exploite une fonderie au Coquelet.
1891, Alfred Mélotte produit ses célèbres charrues près de la gare
Plusieurs industriels (les Simal, Legros, Piérard,…) donnent à la coutellerie une nouvelle impulsion. Le commerce est florissant et la part d’exportation importante.

Il résulte de toutes ces innovations une besoin de main d’œuvre qui sera comblé par la venue de nombreux immigrants.
Le recensement de 1910 indique une population de 4.800 habitants.
En 1930, la ville comptait 5.200 habitants. A peine plus en 1947 : 5.350 habitants.

Au cours de XXe s. il y eu, ici comme ailleurs, l’invasion allemande en août 1914 et la guerre jusqu’en novembre 1918.
L’histoire se répète en mai 1940 : la bataille de Gembloux, les 12,13 et 14 mai sera la seule victoire de l’armée française durant la campagne de mai 1940.
La libération intervint en septembre 1944 après une occupation de plus de quatre années et, heureusement, relativement peu de destructions et de victimes civiles.

Ensuite, c’est le retour à la paix ; quelques années d’illusions, des déceptions aussi, un progrès social manifeste, la construction de nombreux logements sociaux, davantage de confort et d’hygiène, l’extension et la création d’établissements scolaires et un développement économique, démographique et immobilier qui se poursuit, voire même s’accélère.
Le nouveau  -et ambitieux-  projet sur l’ancien site d’Eurofonderie, et avant Mélotte, est assez significatif des appétits affairistes en œuvre ces dernières années. (Voir le reportage de Canal Zoom de début mars 2016) sur http://www.canalzoom.com/un-quartier-emblematique-sur-le-site-deurofonderie/

A partir de 1960 on observe aussi le déclin des vieilles industries au profit de nouvelles activités (PME, spin-off,..) qui s’installent dans des zones d’activité dédiées (Sauvenière, Isnes…).
Cette dynamique semble bien s’amplifier.
On notera que suite à la première fusion des communes, à partir du 1er janvier 1965, la nouvelle entité gembloutoise qui s’appellera Gembloux sur Orneau, comptait 10.664 habitants.
Avec l’entrée en vigueur de la seconde fusion, à partir du 1er janvier 1977, l’entité, qui se nommera à nouveau Gembloux, compte alors 17.247 habitants. En 2015, la population dépasse 25.000 habitants.


Observations et perspectives d’avenir

A l’aube d’un troisième millénaire on peut s’interroger sur ce qu’il adviendra de la ville et environs. De nombreux atouts sont dans son jeu. Idéalement située au carrefour de l’Europe, au cœur de la Belgique et sur un axe de développement économique en plein essor (Bruxelles, Wavre, Louvain-la-Neuve, Namur, Marche, Arlon, Luxembourg), la ville semble parée pour le futur.
Ses compétences en matière d’enseignement et de recherches agronomiques sont porteuses d’espoirs et d’avenir. Le projet « Terra » initié par Gembloux Agro-Bio Tech est en voie de réalisation et illustre bien les ambitions locales.

Le nombre d’habitants augmentera vraisemblablement de façon régulière et le développement immobilier  fait peu de doute. Mais les aléas de l’histoire restent inconnus et ils constituent un facteur non négligeable.
http://www.vivreici.be/commune/5030/article/detail_gembloux-enregistre-une-forte-croissance-demographique?id=70513  (reportage Canal Zoom - mars 2016)

On appréciera la remarque de Mme de Staël qui écrivait que l’histoire n’avance pas en ligne droite mais en spirale…et l’on se souviendra que le château de la Tour à Grand-Manil fut, fin du 18e et début du 19e s., la propriété du baron Erik de Staël – Holstein, ambassadeur de Suède à Paris et … époux de Anne - Louise Germaine Necker, écrivaine et philosophe française, qui défraya la chronique de l’époque pour ses démêlés  avec Napoléon et sa liaison orageuse avec Benjamin Constant. L’histoire, la petite et la grande !



Sources consultées :

Le Pays de Gembloux des origines à l’an mille par Jean Martin, éd. Duculot – 1950
Gembloux, la ville et l’abbaye par Joseph Toussaint, éd. de l’Orneau - 1977
Le bassin de l’Orneau par Joseph Toussaint, éd. de l’Orneau - 1975


samedi 26 décembre 2015

TERRA, un projet pour l'agriculture du futur



TERRA, un projet pour l’agriculture du futur


La faculté de Gembloux  Agro-BIO Tech lance un projet multidisciplinaire d’envergure qui ambitionne, rien de moins, que de réinventer l’agriculture. A l’initiative d’Eric Haubruge, son vice-recteur, « Terra » va s’atteler à repenser l’agriculture dans une approche globale.

Plus de 200 chercheurs et professeurs vont travailler de concert autour de trois Centres d’Appui à la Recherche et l’Enseignement (CARE) qui correspondent à trois grands domaines d’expertise de l’Institution. Cette grande plateforme représente un investissement de quelque 20 millions €




Agriculture is Life

Déjà opérationnel dans une ferme expérimentale, ce premier centre est dédié aux recherches visant à développer des alternatives de production et de transformation des agro-ressources en intégrant les nouvelles contraintes techniques, économiques, sociales et environnementales. L’objectif est de permettre aux populations de disposer de ressources alimentaires locales de qualité et financièrement accessibles, de préserver la biodiversité, d’économiser les ressources en eau, d’éviter la dissémination de substances toxiques dans l’environnement, de réduire la dépendance énergétique des exploitations agricoles et de remodeler des paysages cohérents.

Environment is Life

Huit stations expérimentales (écotrons - phytotrons) seront construites et permettront de reproduire les climats extrêmes et changeants en modifiant de nombreux paramètres (humidité, température, pluviométrie, composition atmosphérique, l’exposition à tel ou tel insectes nuisibles,…) afin de prédire comment une plante réagira aux changements à venir sur les systèmes de production agricole et sur la diversité biologique.  Cet outil, techniquement complexe et coûteux (400.000€ par cabine) sera unique en Europe.

Food is Life

S’articulera autours d’ateliers avec des équipements professionnels, de laboratoires d’analyses et de locaux dans lesquels travailleront les chercheurs. L’objectif est de mettre au point des procédés de fractionnement, de purification et de transformation des agro-ressources, opérations qui constituent des étapes essentielles pour le développement de biomolécules, à la fois dans une optique de recherche et dans une optique de soutien au développement d’entreprises innovantes.


Comme on le voit, il s’agit d’un projet d’envergure appelé à générer une nouvelle dynamique de recherche au service de la société dans son ensemble.
« Terra » sera davantage qu’un centre de recherches. Le projet est conçu sur un modèle d’outre-atlantique, ce qui signifie que les entreprises auront la possibilité de venir s’installer autour de l’université pour utiliser les équipements techniques et scientifiques des chercheurs. Synergie donc…
Il reste peu de place autour du site mais il faut s’attendre à d’autres investissements immobiliers à venir dans les parcs alentours ; à Gembloux, aux Isnes et à proximité du nouvel incubateur Food is Life de Sambreville qui a été conçu pour accueillir les spin-offs et start-ups actives dans le secteur de l’agro-alimentaire.


Sources :
-          L’agriculture en question par François Colmant – http://www.wawmagazine.be
-          Gembloux, un nouveau bâtiment pour préparer l’agriculture et l’alimentation de demain par OPPENS Xavier Van – RTBF -  http://www.rtbf.be/info/regions   (26/05/2015)

mardi 22 décembre 2015

Olbert, grand artisan de l'âge d'or de l'abbaye bénédictine



Olbert,
grand artisan de l’âge d’or de l’abbaye bénédictine


Au XIe s. l’abbaye de Gembloux atteint un des sommets de son histoire. L’abbé Olbert (1012-1048)
y contribua largement. C’est le grand siècle de Gembloux.

Ses origines et sa formation
Olbert naquit vers 980-985 à Leernes (canton de Fontaine- l’Evêque) qui dépendait alors de l’abbaye de Lobbes. Ses parents étaient de bonne condition et pieux.
C’est à l’abbaye de Lobbes qu’il reçut sa première formation. Initié à la vie bénédictine, en même temps qu’aux savoirs littéraires et scientifiques (les sept arts libéraux disait-on alors) par l’abbé Hériger (990-1007). Ce maître d’une exceptionnelle valeur était l’ami du prince évêque de Liège, Notger, au service duquel il était resté plus de dix années. C’est sous sa bienveillante mais ferme conduite qu'Olbert développe ses qualités intellectuelles et morales.
Avide de savoir, Olbert s’en alla compléter ses études en France où il demeura cinq années.                 Il séjourna d’abord au monastère de Saint-Germain- des- prés à Paris. Puis il passa environ trois ans à Troyes. Il partit ensuite pour Chartres où enseignait le grand Fulbert.
Il rentra ensuite à Lobbes avant de partir pour Worms, vers 1008, comme précepteur de l’évêque Burchard. Il y demeura environ quatre années et devint un familier du prélat qui lui offrit de demeurer près de lui. Devant son refus, il le recommanda à Baldéric II, l’évêque de Liège (1008-1018).

La nomination à l’abbatiat de Gembloux (1012)
L’occasion d’accéder au désir de son collègue et amis, l’évêque de Liège le trouva peu après, quand l’abbatiat de Gembloux  devint vacant. L’abbaye de Gembloux  était alors entièrement soumise à la juridiction du prince évêque de Liège, depuis 988.
Il délibéra avec son conseil sur le successeur à donner à Erluin le Jeune décédé en 1012 et constata avec satisfaction qu’Olbert était considéré comme l’homme idéal pour remplir pareille tâche.           En dépit du fait que la communauté monastique n’avait pas été consultée, conformément à la règle bénédictine et à la charte de 946 qui autorisait les moines à élire leur abbé, le nouveau supérieur gembloutois reçut la bénédiction abbatiale le 21 septembre 1012, après une courte résistance des moines de la communauté ulcérés de la façon cavalière dont le prince évêque avait agi à leur égard.

La réforme de l’abbaye de Gembloux
Dans son œuvre de réforme, l’abbé Olbert fit preuve de prudence et d’habileté. Il restaura la discipline et favorisa l’essor des lettres et des sciences. Il incita ses religieux à enrichir leur science du sacré au contact de la Bible et des Pères de l’Eglise. Il voulait une stricte application de la règle de saint-Benoît en matière de pauvreté individuelle et d’obéissance. Il souhaitait que les bâtiments claustraux fussent pourvus de tout le nécessaire à la vie monacale  et que le temporel reposât sur des bases solides. Ainsi, les moines n’auraient à quitter le couvent que le moins possible. Ils jouiraient aussi de la liberté d’esprit requise à l’accomplissement de leur tâche spirituelle au service de Dieu.

Les acquisitions territoriales
Une des principales causes du relâchement monastique pendant l’abbatiat d’Erluin avait été le dénuement de l’abbaye. Aussi, Olbert s’appliqua-t-il à remettre de l’ordre dans les affaires temporelles. Si bien que Sigebert a pu dire qu’on n’aurait pu, au point de vue des aptitudes à gérer les intérêts matériels, lui trouver un talent supérieur…
Les dons affluèrent. Ils servirent à des achats de propriétés, comme une partie de Grand-Manil.        Ils contribuèrent aussi à de fructueux échanges. Le domaine monacal s’en trouva bientôt quasi doublé.

La reconstruction du monastère
Cette heureuse administration temporelle permet également à Olbert de reconstruire intégralement le couvent. Les bâtiments claustraux, trop exigus, comptaient alors trois quarts de siècle. Certains menaçaient ruine. Qui plus est, l’église Saint-Sauveur servait à la fois à la paroisse et au monastère.
Olbert décida de donner à ses religieux une abbatiale destinée à leur usage exclusif. Il voulut lui ajouter de nouveaux bâtiments monastiques avec leurs ateliers et dépendances.
La septième année de sa prélature, il jette les fondements de l’abbatiale que l’évêque de Liège consacre en 1022. Cette église subsistera jusque vers l’année 1782, lorsque Jacques Legrain, l’avant dernier abbé de Gembloux (1759-1790), en ordonne sa démolition.
Olbert se plut à fournir à la nouvelle abbatiale un riche mobilier, disparu en grande partie à la fin du XIe s. Les restes de Saint Guibert et des trois premiers abbés furent transférés dans la crypte.

La bibliothèque du monastère
Pendant son abbatiat de 36 années, Olbert, grand lettré comme on l’a vu, a réussi à doter la bibliothèque de 150 nouveaux manuscrits, dont une centaine de science sacrée et le reste de sciences profanes. Certains de ces ouvrages ont pu être achetés ou reçus gracieusement mais la plupart furent le résultat du travail des bénédictins de Gembloux qui s’occupaient à la transcription des grandes œuvres antiques et médiévales que l’on pouvait trouver, en prêt, dans divers centres intellectuels, comme les bibliothèques de Liège, de Lobbes et d’autres abbayes de Lotharingie. Il arrivait que des moines soient contraints à ces travaux par mesure disciplinaire. Quinze manuscrits du XIe s. portant la mention de Gembloux sont conservés à la Bibliothèque Albert Ier à Bruxelles.
Pareille activité littéraire constitue, alors, une innovation à Gembloux. Il fallut attendre un siècle après Olbert pour retrouver un prélat soucieux comme lui d’enrichir la bibliothèque de son couvent.

L’école de Gembloux
Olbert fut aussi un maître  remarquable. Il enseigna à de nombreux élèves, réguliers, séculiers, et laïcs, dont plusieurs de la cour impériale.
Il sut leur inspirer le goût de l’objectivité historique, le recours aux sources directes et dignes de foi, le rejet de toute tradition douteuse et la mise en garde contre le délire de l’imagination.
Sigebert évoque son « visage terrible, maniant facilement la férule ».
A la richesse matérielle de l’abbaye correspond le développement du patrimoine intellectuel.          Les arts, les lettres et les sciences prennent un magnifique essor. L’école de Gembloux jette un éclat qui brille dans toute l’Europe.

L’abbé de Saint-Jacques à Liège (1020-1048)
En 1015, à la demande de l’évêque de Liège Baldéric II (1008-1018), fut entreprise la construction de l’abbaye Saint-Jacques, sur une île de la grande cité mosane.
Ce furent les moines de Gembloux qui en occupèrent les bâtiments si tôt que possible
Après avoir longtemps résisté aux sollicitations de Baldéric II et de son successeur, Olbert finit par accepter d’en être le premier abbé. Pour peupler le couvent il fit venir de Verdun et peut être de Florennes des moines bien disciplinés. Comme il l’avait fait avec les religieux de Gembloux, il prit soin d’employer une partie de leur activité à la transcription de manuscrits.
Le 29 juin 1048, Olbert fit ses adieux à la communauté gembloutoise. Il regagne alors Saint-Jacques où une forte fièvre le saisit. Il meurt à Liège le 14 juillet 1048.
Lorsque les moines de Gembloux apprirent son décès, ils accoururent à Liège. Ils ne purent cependant obtenir que la dépouille mortelle du rénovateur de leur couvent leur fut rendue.
Olbert fut enterré dans l’église abbatiale Saint-Jacques, sous la couronne du chœur.
Il avait présidé pendant trente-six années aux destinées de Saint-Pierre à Gembloux et vingt-huit autres à celles de Saint-Jacques à Liège.






Ndlr.
Cet article est un condensé du texte de Joseph Toussaint, docteur en histoire et historien de la ville de Gembloux, publié dans son remarquable ouvrage  « Gembloux, la ville et l’abbaye »                       éd. de L’Orneau -1977.

J’ai consulté aussi et repris certains renseignements utiles dans l’ouvrage de Léon Namêche           « La ville et le comté de Gembloux » éd. J. Duculot -1964.