dimanche 1 mai 2016

Imprimerie et édition Jules Duculot



Imprimerie et éditions Jules Duculot

04/05/2016 19:09

Vers le milieu du siècle dernier - il y a environ soixante ans d’ici – le vocable « Gembloux » évoquait fièrement, en Belgique, mais aussi bien au-delà de ses frontières, des noms prestigieux tels que : charrues Mélotte, Institut agronomique, Manufacture, coutellerie et … imprimerie Duculot.
Jules Duculot est né à Aisemont le 5 mai 1895. Maître-imprimeur, il se lance dans l’édition dès 1913.
A partir de 1919 il s’installe à Gembloux pour se rapprocher des Facultés agronomiques qui lui assurent du travail par la publication de thèses et autres monographies scientifiques spécialisées.
L’éditeur reste imprimeur car les deux métiers sont complémentaires. Mais jusque là aucun ouvrage ne s’impose véritablement comme succès de librairie. Ses fils le secondent dans sa tâche et prendront ensuite la direction de l’entreprise jusqu’en 1958.
En 1921, le parc de machines s’agrandit et les ateliers devenus trop exigus sont transférés dans une ancienne école, rue Pierquin.
En 1935, adonné à des feuilles publicitaires locales et des thèses confidentielles, J. Duculot n'était guère connu que de quelques savants auteurs qu'il aimait inviter à sa table.
"Le bon usage du français" qui fit la gloire de Maurice Grevisse fut d'abord refusé par une douzaine d'éditeurs. Mais il a bâti la fortune de celui qui accepta de le publier en 1936 : J. Duculot, convaincu par Fernand Desonay qui faisait éditer un "Antoine de La Sale" chez le petit éditeur gembloutois et qui accepta de cautionner cet ouvrage. Le manuscrit volumineux, entièrement écrit au crayon pour faciliter les gommages, imitait à s'y méprendre le romain, l'italique, la grasse. Il reproduisait les différentes forces de corps, tant et si bien que les dispositions typographiques sautaient à l'oeil, dès la première lecture. Quelques mois plus tard, une "brique" de 704 pages atterrissait chez les libraires.
Dans le sillage de ce livre, s'est dévelopée une industrie du livre qui fait désormais de Duculot un éditeur avec lequel il va falloir compter.
Dans les années cinquante, à l'étroit encore une fois dans ses murs, la superficie de l'entreprise sera plus que doublée par l'achat de propriétés voisines et la construction de nouveaux bâtimenrs. En 1953, la société familiale adapte sa structure à son évolution et devient Société Anonyme au capital de 10.000.000 de francs. Elle sera désormais divisée en trois branches: l’édition, l’imprimerie et l’administration. Les éditions Duculot avaient une succursale à Paris et étaient alors connues dans le monde entier.
En décembre 1957, Hubert Duculot qui venait de reprendre la direction des Editions J. Duculot à la mort de son frère quatre mois auparavant décède, à Saint-Denis Bovesse, dans un accident de la route.
La production se diversifie et le chiffre d'affaires du département édition, qui était de dix millions en 1963, avoisine les 30 millions en 1971, bien que les prix n'aient augmenté que de 20% en sept ans.Dans les années soixante Duculot crée une collection Grevisse axée sur les spécificités de la langue française.
Duculot éditera et imprimera également des ouvrages pour la jeunesse, des manuels scolaires, de la littérature régionale, des publications historiques, etc…
On se souviendra aussi que la famille exploitait une papeterie chic dans la rue Léopold, là où se trouvait, dans les années 80, la superette "Au Poids d'Or".
En 1972, nouvelle orientation de la firme qui acquiert un terrain d’un hectare dans le zoning industriel de Sauvenière et y construit en quelque 125 jours ouvrables un bâtiment industriel de 2.800 m2 au sol.
En novembre 1980, décès de Lucien Duculot à 52 ans, fils de Jules Duculot, directeur de la SPRL Duculot et administrateur des Editions J. Duculot depuis la mort de son père. Homme chaleureux et très cultivé, il vécut avec passion l'élaboration des divers contrats avec le grammairien Maurice Grevisse.
Le 24 mars 1986 un important incendie dévaste l’entreprise gembloutoise. Les dégâts sont très importants : 700.000 livres brûlés, 5 presses détruites, le matériel des clavistes et des relieurs hors d’usage, 25 personnes au chômage. C’est le triste bilan d’un cambriolage mené par cinq individus qui furent interpellés peu après…
Après les ravages causés par l’incendie trois opérations durent être confiées à la sous-traitance : la photogravure, la reliure et le pelliculage.
Le rachat de l’imprimerie, début 89, par Structure Concorde de Jumet et le déménagement un mois plus tard des éditions sur le site de Louvain-la-Neuve démontrent la volonté de relance qui a animé la direction, confirmée par le choix d’investissements importants. L’imprimerie restée à Gembloux a aussi renouvelé son matériel offset et reconstruit le dépôt où sont stockées les collections frappées du label Duculot.
Les activités restantes à Gembloux consistaient essentiellement dans la composition, la mise en page et l’impression de textes fournis par le client. Les produits sont très variés : ouvrages de linguistique, de vulgarisation religieuse, d’histoire régionale, de littérature pour la jeunesse lancés par la « maison-tante », les éditions Duculot, mais également une gamme très large de travaux pour des institutions universitaires, des organisations internationales, l’Académie Royale de Belgique, la Commission Royale d’Histoire de Belgique, « La Revue Nouvelle », etc.
Au total, plus de deux millions d’ouvrages par an, ce qui représente environ 190 millions de pages. Quand bien même toutes ces réalisations connaissent une diffusion internationale, la clientèle reste essentiellement belge et francophone.
L’imprimerie vendait essentiellement un savoir faire fondé sur une technologie performante et sur un personnel hautement qualifié : composeurs, metteurs en page, conducteurs de presse ; ce derniers étant de plus en plus difficiles à trouver, étaient formés sur place en collaboration avec le FOREM. En 1990, le site de Gembloux employait 30 personnes : 23 ouvriers et 7 employés.
 Mais bientôt, depuis le siège de Louvain-la-Neuve, l’entreprise peine à faire face à la concurrence. En 1993, en proie à des difficultés financières, Duculot revend à De Boeck et Casterman son catalogue riche de plus de 500 titres. C’est la fin d’une belle aventure à Gembloux.
Jules Duculot s’est éteint le 11 septembre 1981 à Fosses-la-Ville.


Sources : La Wallonie, le Pays et les hommes – institut Jules Destrée – Paul Delforge
                 CEDEG (Cellule pour l’Emploi) -1990-.
                  Le Soir, 22 juin 1993.
                  Pourquoi pas ? du 2/09/1971 (s) Jean Vigneaux.
Suiv. r/c/a 08/2019



               
 






Le magasin, situé rue Léopold (1959).



                  Photos aimablement fournies par Jean-Marc GILLES

mardi 26 avril 2016

Les fortifications de la ville de Gembloux



Les fortifications de la ville


La charte de 946, signée à Liège par le futur empereur Otton 1er, alors roi de Germains, octroyait à l’abbé de Gembloux la permission de fortifier l’abbaye. Depuis, le bourg s’était agrandi. 

En 1152, Fréderic Barberousse, empereur d’Allemagne, prend l’abbaye de Gembloux sous sa protection. Il confirme ses privilèges et lui accorde le droit de fortifier la ville, d’y établir des foires et d’y frapper monnaie.

La construction des murailles urbaines commence en 1153.
L’agglomération qui n’est encore qu’une localité ouverte va s’entourer de fortifications, remparts, tours, retranchements et fossés défensifs.

L’abbé Arnould s’y emploie activement. Il fait édifier des remparts dont l’importance se révèle encore aujourd’hui dans les tours d’angle du Nord et de l’Ouest et les bordent de fossés profonds, ce qui fait de Gembloux une place forte respectable.
Il avait, à cette fin, réquisitionné tous les habitants de la Terre de Gembloux qui, aux ordres du « villicus » (maïeur) durent amener les matériaux à pied d’œuvre avec leurs chariots.

Tracé et infrastructure

Commençant en haut de la place du Wez (place Saint-Jean), ces murailles traversaient ce qui deviendra la cour d’honneur de l’abbaye. Elles rejoignaient, dans la rue du Moulin, la tour d’angle du Nord (improprement appelée dès le moyen âge la tour des Sarrasins). Elles longeaient l’éperon rocheux dominant la vallée de l’Orneau pour obliquer à la place de l’Orneau  vers le milieux  de la rue Pierquin. En cours de route, elles bordaient les « grands fossés » très poissonneux. Elles remontaient alors la rue Gustave Docq, en s’incurvant à la tour du Sud, près du château du bailli. Une dernière courbe à proximité de la place Saint-Guibert les amenaient à leur point de départ.
Ces remparts, terminés en 1185, présentaient une longueur approximative d’1 km et englobaient une superficie d’environ 7 ha dont 3 étaient occupés par l’abbaye. Ils étaient percés de quatre grandes portes :
-          La porte Al Croix qui donnait accès vers Lonzée
-          La porte au Chien Noir qui menait vers la Vôte
-          La porte Au Trau (ou porte Saint-Nicolas) pour se rendre vers l’Entrée Jacques
-          La porte de Wérimoulin, la plus importante, pour gagner le moulin de Dessous-le-Mont.

Parmi les tours flanquant les remparts, citons encore la tour au Crahan (du côté du Chien Noir) et la tour du Guet, près de la porte Au Trau.


Rue del Croix (Grand-Rue), s’élevaient les remparts propres de l’abbaye. Vers leur milieu, touchant la halle, la tour Gravi (ou gravier) dominait la porte principale d’accès au monastère, appelée plus tard la Fausse Porte.
La ville n’eut qu’à se féliciter de ces immenses travaux. Plus d’une fois elle ne dut son salut qu’à ces solides fortifications.

Sources : Gembloux, la ville et l'abbaye ( Joseph Toussaint - 1976)
                La ville et le comté de Gembloux ( Léon Namèche - 1964)








Plan de la ville à la fin du 17ème siècle







Tour du Nord

 Vestige des fortifications - rue du Moulin





Tour du Guet (2)

 Vestige des fortifications - Rue Docq



Vestige des remparts imbriqués dans le bâti actuel.
Photo prise en juin 2004 au coin de la place Saint-Guibert et le haut de la Grand-Rue

Place Saint-Jean.
Vestige des remparts 1153)

vendredi 15 avril 2016

Histoire de la Manufacture (MBG).

Les origines de la MBG
Vers 1875, un coutelier namurois, Louis-Joseph Mathieu, avait établi à Paris un atelier de fabrication d’instruments de chirurgie qui prit rapidement de l’extension. Vers 1878, il revint à Namur pour engager un ouvrier expérimenté. N’en trouvant pas, il vint à Gembloux et engagea  Dieudonné Simal, né à Gembloux  le 27 avril 1852 et  qui travaillait dans la coutellerie paternelle.
A Paris, en 1879, Dieudonné Simal se perfectionna rapidement et fonda lui-même une maison de vente d’instruments de chirurgie au début de la rue Monge, à proximité de la Faculté de Médecine, avec un atelier tout proche. Une nombreuse clientèle de chirurgiens et de médecins fait appel à lui pour l’aiguisage de bistouris, la réparation et ensuite la fabrication d’instruments chirurgicaux.
Vers 1885, il engagea son beau-frère, Guibert Legros, et le frère de celui-ci, Auguste Legros, à venir travailler avec lui.
Guibert Legros revint bientôt à Gembloux et installa son atelier rue Chapelle Dieu, dans le jardin de sa maison. C’est là qu’il faut situer le berceau de la fabrication des instruments chirurgicaux à Gembloux.
Auguste Legros, resté à Paris, installa un magasin avec atelier en sous-sol au boulevard Saint-Michel, associé avec ses deux neveux, Alphonse et Charles Legros. Au terme de leur apprentissage à Paris, ces deux derniers revinrent à Gembloux pour fonder avec leur père, et leur frère Joseph, un atelier de fabrication, d’abord rue Chapelle Dieu et puis rue Albert.
C’est en 1905 que commença rue Albert la fabrication de mobilier de chirurgie. La famille Legros était à l’époque à l’origine de deux ateliers de fabrication d’instruments de chirurgie et de matériel à Gembloux, et de deux sociétés de vente et d’ateliers à Paris.
Création et développement de la MBG
Le 13 août 1923 eut lieu la fusion de ces quatre entités et la création de la s.a. Manufacture belge d’Instruments de Chirurgie et de Mobilier chirurgical de Gembloux (MBG) qui acquit d’emblée une renommée internationale. Le développement de cette usine grâce à ses succès commerciaux, se traduisit par une modernisation des ateliers de production  et de contrôle. Des locaux spacieux, bien agencés et bien éclairés furent mis à la disposition du personnel.
En 1927 on ouvrit à la MBG un département coutellerie dans le but de développer la production mécanique.
En 1928, l’entreprise  occupait 300 personnes. Une croissance trop rapide et la crise économique de 1929 nécessitèrent une nouvelle réorganisation.
Le 10 mai 1935, un incendie détruisit les magasins et une partie des ateliers. La remise en état était à peine terminée que le 12 mai 1940 les bombardements de Gembloux détruisirent les bureaux et magasins.
A la libération, l’activité reprit normalement  et les installations retrouvèrent progressivement leur état antérieur. L’année du 25e anniversaire (1948), le chiffre d’affaire était de 50 millions de Bef
Au moment le plus faste, au début  des années 80, 400 personnes étaient occupées.
La société comptait  trois filiales en France et faisait distribuer ses produits dans le monde entier. Vers 1985, elle exportait 72% de sa production « chirurgie », 53% de sa production « mobilier » et 45% de ses produits « stérilisation ». Toutes ces productions  étaient  vendues sous la marque déposée « D. Simal ». La MBG gérait également le négoce de matériel médical importé comme les éléments nécessaires à la réalisation de prothèses, de greffes, etc.
En 1987, environ 200 personnes étaient encore occupées à Gembloux.

Le déclin et la reconversion du site.
Des problèmes de gestion et  de concurrence étrangère sonnèrent bientôt le glas de la MBG qui ferma ses portes en 1993. On peut dire qu’elle fut victime de la mondialisation  qui lui avait tant apporté. Après la fermeture, les autres sites furent rachetés par des groupes américains qui, une fois le savoir faire belge en poche, s’en sont retournés outre-atlantique, ne laissant derrière eux que vestiges industriels.
C’est en 1993 que fut crée la société «  Simal s.a. » qui continua la production d’instruments chirurgicaux mais fut complètement détruite par un incendie en 2001. Olivier Rouvez, ancien responsable de Simal s.a. créa en 2002 sa propre entreprise sous le nom de « SIBEL » ( Surgical Instruments Belgium s.a.).
La fabrication d’instruments chirurgicaux se perpétue donc dans le zoning de Gembloux. SIBEL est devenu un leader mondial de la fabrication d’instruments en titane utilisés pour les opérations sous scanner.
Les bâtiments industriels de la rue Albert furent démolis en juillet 2008 pour faire place à un nouveau complexe immobilier réalisé sur 1,3 ha par la société  « La Grande Prairie », filiale du groupe Vastapane. Il s’agit d’un ensemble mixte de logements, bureaux, commerces de proximité, avec  place publique et parkings souterrains.
Sources :
Ce texte est très largement inspiré de celui publié sur le site  http://www.mot.be/w/1/index.php/WebLogoWho/00000074?language=En
J’observe que celui-ci  mentionne sobrement la référence « Nederlandt ». Il  ne peut s’agir que de Pierre Nederlandt, administrateur du CRAHG, qui a publié  en 2007 un remarquable ouvrage de 134 pages, intitulé « La coutellerie à Gembloux » (Ed. les  Presses agronomiques de Gembloux). http://www.pressesagro.be/catalogue/reference/73.html
  • V.A. du 28 juin 2008 (s) Bruno Malter
  • Le Soir du 19/06/1988 (s) P.H.
Dieudonné Simal
 Photographie aimablement fournie par Jean-Marc GILLES
  • Sortie des ouvriers de l'usine gembloutoise ca 1910  (coll. privée Françoise Grossiord).

  • Publicité destinée aux médecins en 1923.   (coll. privée Françoise Grossiord).
Catalogue de la MBG en 1942.  (coll. privée Dries  de Potter).

  • Visite de S.M. la reine Fabiola à la MBG le 4 mars 1980. Accueil par MM. Pierre Nieuwenhuys, président du C.A. et Madgy, directeur général. L'entreprise qui s'étendait alors sur 18.000 m2 occupait 302 travailleurs et produisait une vingtaine d'articles différents. Son chiffre d'affaire en 1979 atteignait 380 millions Bef. (photo Ph. Berger).

  • Stérilisateur d'instruments de chirurgie. Ce four en cuivre, chauffé par un tube de gaz, date d'avant 1900, lorsque l'asepsie s'impose dans les salles d'opération.  (coll. privée Dries de Potter).

vendredi 11 mars 2016

2.000 ans d'histoire en terre gembloutoise



2.000 ans d’histoire en terre gembloutoise


Des esprits curieux se demandent parfois : à cet endroit, que s’est-il  passé le siècle dernier, il y a 500 ans, mille ans, 2.000…..C’est ce que j’ai cherché à savoir pour la région de Gembloux.

Région abandonnée aux âges de la pierre et du métal, à défaut de conditions favorables à l’habitat et à l’élevage, la terre de Gembloux devient à l’époque romaine, grâce à la construction de la grande chaussée de Bavay à Cologne, un lieu prospère comme en témoignent les nombreux vestiges retrouvés sur son sol. Mais cette relative prospérité dans la région s’éteint bientôt du fait des invasions barbares des IIIe et IVe siècles.

A l’époque franque, l’endroit, presque désert, se repeuple lentement. Au Xe siècle de nombreuses villas existent sur la terre de Gembloux et la fondation, par Saint Guibert, de l’abbaye sera à l’origine d’un essor économique et culturel remarquable.


« Gemmelaus », une station routière sur la chaussée romaine

Gembloux aurait une origine gallo-romaine, c’est ce qu’affirme Jules Feller, linguiste, archéologue et professeur d’Université, qui situe le point de départ du lieu au premier siècle avant notre ère.

L’endroit se trouve en bordure de la grande chaussée romaine qui, de Boulogne à Cologne, par Bavay, Tongres et Maastricht, reliait la Manche au Rhin. Cette voie, sans doute contemporaine de la fondation d’une colonie par l’empereur Claude à Cologne en 50, était d’une grande valeur stratégique, administrative, économique et culturelle.

Pendant les trois premiers siècles, Rome organise ses conquêtes et, sous la protection du limes du Rhin, les populations de la Gaule jouissent d’une paix prolongée, appelée à juste titre « pax romana ». Celle-ci se termine en 235 avec les premières incursions barbares.

En 340, Francs, Alamans et Saxons envahissent la Gaule et y commettent de terribles ravages. Gemmelaus  est détruite. La région est abandonnée par ses habitants.
Vers 355, les romains parviennent à refouler les envahisseurs au-delà du Rhin et la Gaule entière est pacifiée. Mais, vers 407, un flot de Germains franchissent le Rhin et pénètrent en Gaule.
Cette invasion consacre pratiquement la fin de la domination romaine dans nos régions. De même que l’importance du lieu sur la voie romaine.


Les périodes mérovingienne et caroloringienne et la fondation de l’abbaye

L’histoire de ces périodes qui vont du Ve au Xe siècle reste obscure.
Au début du Xe s. Gembloux fait partie de la lotharingie, définitivement rattachée à l’empire germanique en 925 par Henri l’Oiseleur. Il se rattache au spirituel à l’évêché de Liège.

Un document mentionne l’existence, au début du Xe s , de plusieurs villas ou exploitations agricoles dans la région. Le nom même de Gembloux est cité pour la première fois dans une charte du roi Otton datée du 29 septembre 946. Dans ce document, Otton confirme la fondation du monastère de Gembloux par Saint Guibert et sa dotation par Gisèle, aïeule de Guibert. Il lui accorde divers privilèges. Les donations de Guibert et de Gisèle se situent vers 922, date de la fondation de l’abbaye bénédictine.

Gembloux serait vraisemblablement resté un modeste village comme les communes voisines, mais l’abbaye va transformer les conditions d’existence des ses habitants. Par le travail des moines, la terre de Gembloux va s’enrichir et s’étendre. Peu à peu un bourg se forme autour de l’abbaye et, dès 946, jouit de nombreux privilèges propices à son développement économique et culturel.

Au cours du XIe s. Gembloux prospère singulièrement. En 1185, c’est une bourgade, c'est-à-dire une localité dotée de franchises et de libertés ; un oppidum, situé à l’intérieur des remparts de pierres, que défendent des tours et des fossés et que percent quatre grandes portes.

Dès le XIIe s. nos régions virent s’affronter à maintes reprises les armées des comtes de Namur et de Hainaut, des ducs de Brabant et même des princes évêques de Liège. La population subit bien entendu les malheurs que l’on imagine.

Il serait illusoire, dans le cadre restreint de ce rapide survol historique local, de mentionner toutes les vicissitudes que connut la ville et la région durant le moyen-âge et sous l’ancien régime.

Il y eu les guerres, de nombreuses invasions, des incendies (1136, 1156,1185, 1678, 1849), des pillages, des épidémies (le choléra en 1832 et 1866)… Mais ces périodes sombres et troublées furent heureusement entrecoupées de moments de paix et de prospérité.
Pour faire court, on se rappellera quelques grandes étapes historiques auxquelles nos régions furent confrontées et qui eurent un impact plus ou moins fort sur la ville et ses habitants :

La rivalité franco-espagnole (1541- 1557).
Les guerres de religion (1557 - 1598).
L’invasion française (1643 - 1644).
Les guerres de Louis XIV (1667-1678 et 1683-1697).
La guerre de succession d’Autriche (1740-1748).
Reconstruction de l’abbaye (1759-1785) par l’architecte Laurent-Benoît Dewez.
L’occupation française et l’agonie de l’ancien régime (1793).
L’empire français (1795-1814).  Le 1/12/1795, le directoire supprime les ordres et les congrégations religieuses. L’abbaye est supprimée le 11/10/1796.
Le régime hollandais (1815 -1830).

Vers la fin de la période hollandaise des voies de communication routières furent créées, comme la chaussée allant de Saint-Michel au Docq et celle de Wavre à Namur.

Vers 1830, on recensait à Gembloux près de 2.200 habitants. Le bourg proprement dit restait blotti dans la vallée. On cultivait aux alentours du froment, du seigle, de l’épeautre, de l’avoine du lin et du colza. L’élevage s’étendait aux chevaux, aux bêtes à cornes, aux porcs et aux moutons.
L’industrie comptait des ateliers de coutellerie, 2 brasseries, 4 moulins à farine et 3 pressoirs à huile (stordoirs).

Vers 1850, le haras national de Tervueren, créé par ordre de Napoléon, fut transféré, jusqu’en 1864, dans l’ancien quartier abbatial.

En juillet 1860, l’école agricole de Thorout, créée onze ans plus tôt, et fermée en 1859 pour non-renouvellement de bail, est transférée à Gembloux pour former l’institut agricole. Les bâtiments de l’ancienne abbaye (supprimée en 1796) et ses terres sont d’abord loués avant d’être achetés par l’Etat belge en 1881.
Cette école deviendra la faculté des Sciences  agronomiques. Elle se nomme à présent Gembloux Agro-Bio Tech. Cette remarquable institution est l’une des neuf facultés de l’Université de Liège.

La voie de chemin de fer de Bruxelles à Namur fut mise en œuvre en 1851. Le tronçon La Hulpe – Gembloux fut ouvert au service en juin 1855 ; le tronçon Gembloux – Rhisnes trois mois plus tard. Namur fut atteint en avril 1856.

La ligne Ligny – Sauvenière fut mise en service en 1865. Elle fut ensuite étendue vers Fleurus et vers Landen. La ligne Gembloux – Jemeppe-s-Sambre date de 1877.

Dès 1895, des lignes vicinales complétèrent le réseau de transports ferrés en pénétrant davantage dans les campagnes alentours.

Un développement industriel se fait jour:

1867, Camille Descampe crée une distillerie agricole, une fabrique de levure pour la panification et une malterie.
Vers 1870, Max Ledocte établit une sucrerie.
À la même époque, la famille Cassart exploite une fonderie au Coquelet.
1891, Alfred Mélotte produit ses célèbres charrues près de la gare
Plusieurs industriels (les Simal, Legros, Piérard,…) donnent à la coutellerie une nouvelle impulsion. Le commerce est florissant et la part d’exportation importante.

Il résulte de toutes ces innovations une besoin de main d’œuvre qui sera comblé par la venue de nombreux immigrants.
Le recensement de 1910 indique une population de 4.800 habitants.
En 1930, la ville comptait 5.200 habitants. A peine plus en 1947 : 5.350 habitants.

Au cours de XXe s. il y eu, ici comme ailleurs, l’invasion allemande en août 1914 et la guerre jusqu’en novembre 1918.
L’histoire se répète en mai 1940 : la bataille de Gembloux, les 12,13 et 14 mai sera la seule victoire de l’armée française durant la campagne de mai 1940.
La libération intervint en septembre 1944 après une occupation de plus de quatre années et, heureusement, relativement peu de destructions et de victimes civiles.

Ensuite, c’est le retour à la paix ; quelques années d’illusions, des déceptions aussi, un progrès social manifeste, la construction de nombreux logements sociaux, davantage de confort et d’hygiène, l’extension et la création d’établissements scolaires et un développement économique, démographique et immobilier qui se poursuit, voire même s’accélère.
Le nouveau  -et ambitieux-  projet sur l’ancien site d’Eurofonderie, et avant Mélotte, est assez significatif des appétits affairistes en œuvre ces dernières années. (Voir le reportage de Canal Zoom de début mars 2016) sur http://www.canalzoom.com/un-quartier-emblematique-sur-le-site-deurofonderie/

A partir de 1960 on observe aussi le déclin des vieilles industries au profit de nouvelles activités (PME, spin-off,..) qui s’installent dans des zones d’activité dédiées (Sauvenière, Isnes…).
Cette dynamique semble bien s’amplifier.
On notera que suite à la première fusion des communes, à partir du 1er janvier 1965, la nouvelle entité gembloutoise qui s’appellera Gembloux sur Orneau, comptait 10.664 habitants.
Avec l’entrée en vigueur de la seconde fusion, à partir du 1er janvier 1977, l’entité, qui se nommera à nouveau Gembloux, compte alors 17.247 habitants. En 2015, la population dépasse 25.000 habitants.


Observations et perspectives d’avenir

A l’aube d’un troisième millénaire on peut s’interroger sur ce qu’il adviendra de la ville et environs. De nombreux atouts sont dans son jeu. Idéalement située au carrefour de l’Europe, au cœur de la Belgique et sur un axe de développement économique en plein essor (Bruxelles, Wavre, Louvain-la-Neuve, Namur, Marche, Arlon, Luxembourg), la ville semble parée pour le futur.
Ses compétences en matière d’enseignement et de recherches agronomiques sont porteuses d’espoirs et d’avenir. Le projet « Terra » initié par Gembloux Agro-Bio Tech est en voie de réalisation et illustre bien les ambitions locales.

Le nombre d’habitants augmentera vraisemblablement de façon régulière et le développement immobilier  fait peu de doute. Mais les aléas de l’histoire restent inconnus et ils constituent un facteur non négligeable.
http://www.vivreici.be/commune/5030/article/detail_gembloux-enregistre-une-forte-croissance-demographique?id=70513  (reportage Canal Zoom - mars 2016)

On appréciera la remarque de Mme de Staël qui écrivait que l’histoire n’avance pas en ligne droite mais en spirale…et l’on se souviendra que le château de la Tour à Grand-Manil fut, fin du 18e et début du 19e s., la propriété du baron Erik de Staël – Holstein, ambassadeur de Suède à Paris et … époux de Anne - Louise Germaine Necker, écrivaine et philosophe française, qui défraya la chronique de l’époque pour ses démêlés  avec Napoléon et sa liaison orageuse avec Benjamin Constant. L’histoire, la petite et la grande !



Sources consultées :

Le Pays de Gembloux des origines à l’an mille par Jean Martin, éd. Duculot – 1950
Gembloux, la ville et l’abbaye par Joseph Toussaint, éd. de l’Orneau - 1977
Le bassin de l’Orneau par Joseph Toussaint, éd. de l’Orneau - 1975