vendredi 7 août 2015

André Hénin : portrait



André Hénin


Poète, conteur et écrivain wallon, André Hénin était membre des Rèlïs Namurwès et de la société de langue et de littérature wallonne de Liège. Il était citoyen d’honneur de la ville de Gembloux.

André Hénin est né à Han-sur-Lesse  le 14 janvier 1924. Après ses  humanités au séminaire de Floreffe, puis des études de philosophie et de théologie,  il est ordonné prêtre à Namur  le 31/07/1949.
Il poursuit alors des études de romanes à Louvain, puis enseigne le français à Floreffe durant 11 ans.
En 1962, il est nommé aumônier des étudiants à Louvain et vicaire à la paroisse universitaire. En 1969, il devient principal du lycée Virgo Sapiens,  le dernier collège francophone en  Flandre.
En 1972, l’abbé Hénin est nommé doyen à Gembloux, fonction qu’il exercera  19 ans,  jusqu’ à sa retraite, en décembre 1991.

A son arrivée à Gembloux,  il se lie d’amitié avec l’auteur wallon, Lucien Somme. Celui-ci  lui propose de célébrer une messe en wallon à l’occasion des fêtes de wallonie. Ce qu’il fit avec brio. Ecrire en wallon devint vite pour lui un moyen d’expression extraordinaire. Il publia de nombreux recueils  et obtint de nombreux prix et récompenses (prix Calozet, prix Michaux, prix biennal de littérature wallonne,…).

André Hénin s’est éteint à Namur le 6 décembre 1993. Discret et réservé, il savait se montrer jovial et plein d’humour. Homme de tolérance et de sagesse, il était aussi soucieux des plus démunis et des souffrants.


Source : V.A. du 7/12/1993 (s) Jean-François Pacco



Andrée Sodenkamp : portrait


Portrait

 

Andrée Sodenkamp


François Nourrissier déclarait qu’elle était la plus grande poétesse belge de langue française.
Elle figure dans près de 70 anthologies de tous pays, dont celle de Giovanni « les plus beaux poèmes d’amour », dans le livre de Régine Deforges  « poèmes de femmes », dans le Larousse des littératures...
Née le 18/06/1906 à Ixelles, orpheline dès 6 ans, elle s’est structurée dans l’enseignement puis dans l’écriture. A l’âge de 30 ans elle est affectée comme régente littéraire à l’athénée royal de Gembloux, métier qu’elle exercera 23 ans tout en poursuivant l’écriture de textes récompensés de nombreux prix et qui font l’admiration des plus grands. En 1959, elle change de métier et devient inspectrice des bibliothèques, insuflant un essor remarquable aux bibliothèques  de la Communauté française.
Entrée en poésie vers la cinquantaine, elle atteint quasi d’emblée la maîtrise.
Elle décède le 27/01/2004.  Anne-Marie Derèse, son amie,  poétesse gembloutoise qui doit son envol  en poésie grâce à celle qu’elle qualifie de guide lui rend hommage en ces termes : « L’amour pour Sodenkamp est une grande vague chaude qui la porte jusqu’aux confins de l’incommensurable et continuera à la porter quand elle aura franchi le dernier seuil. Une vague qu’elle transmet par le chant des mots, la volupté des gestes, l’insolence du regard, l’humour des couleurs, les plis profonds des manteaux des rois, la gisante qui garde dans le mouvement de sa robe de marbre des souvenirs  d’extase ».
Ses cendres reposent au cimetière de Gembloux auprès de son époux, Camille Libotte.
Elle était citoyenne d’honneur de la ville de Gembloux, Officier de l’ordre de Léopold II et Officier de l’ordre de la Couronne. La bibliothèque communale de Gembloux porte son nom.


Source et photo: V.A. 30/01/2004 (s) J.B









La saga Mélotte

Un passé industriel prestigieux



La Saga Mélotte

Jules Mélotte naquit en 1858 à Remicourt, petit village hesbignon entre Waremme et Liège. Il est issu d’une famille d’artisans dont le destin était lié à l’expansion du monde agricole qui pesait alors très lourd dans l’économie belge.
Curieux et inventif, Jules Mélotte imagine et réalise ses premiers projets dans l’atelier paternel. A 30 ans, il met au point une écrémeuse mécanique révolutionnaire qu’il fait breveter le 23/06/1888. Cette invention lui vaut le Prix du Progrès au Grand Concours international de Bruxelles. L’argent ainsi recueilli lui permet de lancer la production. Deux ans plus tard, une trentaine d’ouvriers sont à l’œuvre pour répondre à la demande qui explose. Très vite, le vieil atelier familial ne suffit plus. A la tête de son entreprise florissante, Jules Mélotte adopte le système américain et ses méthodes d’organisation novatrices. Il crée une usine d’avant-garde conçue en fonction d’un seul produit à fabriquer: l’écrémeuse. La production traditionnelle, spécialement celle des charrues, est transférée à Gembloux et prise en charge avec succès par son frère Alfred. A Remicourt, les résultats sont vertigineux: on passe de 13 machines à 25.000 unités par an. L’écrémeuse Mélotte est portée au plus haut point de sa perfection technique. Elle se vend non seulement en Belgique et en France, mais dans le monde entier: Afrique, Asie, Océanie et jusqu’aux Etats-Unis. Jules Mélotte meurt en 1919. Son écrémeuse lui survivra pendant un demi-siècle.
C’est donc en 1891 qu’Alfred Mélotte (1855-1943) s’installe à Gembloux. Il rachète les ateliers Pierquin, importateurs de matériel agricole,  pour se consacrer à la production de charrues, mises au point à l’atelier de Remicourt, et d’autres outils aratoires : bineuses, semoirs, herses, arracheuses de pommes de terre, moulins à farine…
Le  choix de cette implantation n’est pas le fruit du hasard. La présence de l’Institut agronomique qui jouissait déjà d’une réputation internationale fut déterminant. Tout autant que la situation géographique propice à la production agricole avec ses terres des plus fertiles du pays.
Au début, l’entreprise occupe une dizaine d’ouvriers. En 1894, l’équipe compte 19 ouvriers. Un rapport daté de 1904 et réalisé par un étudiant de L’Institut de sociologie de L’Ulb nous apprend que les ouvriers travaillaient 11 heures par jour et qu’à la forge certains hommes gagnaient 10 frs par jour (ce qui est beaucoup puisqu’à la même époque un instituteur gagne 5 frs par jour, un mineur de fond 4,2 frs et un ouvrier agricole 1,96 frs..). Il ajoute qu’il n’y a pas un seul ivrogne parmi les hommes de l’usine! Figure emblématique de la construction mécanique agricole, Alfred Mélotte améliore sans cesse son invention originale. De 1901 à 1929, il prit à son nom plus de 20 brevets de perfectionnement des charrues qu’il fabriquait.
 En 1935, l’usine Mélotte de Gembloux, la plus importante de la ville, occupait quelque 600 ouvriers. Des milliers de charrues sont sorties de cet atelier, dont la charrue réversible  à double soc, dite  «Brabant double », qui fit sa réputation et se répandit rapidement sur les marchés étrangers, notamment grâce aux contacts avec les diplômés étrangers de l’Institut agronomique voisin. La dernière fut une quadrisoc semi porté qui ne fut produite qu’à 7 exemplaires.    Après 1945, la production diminua et l’emploi se restreint à 223 personnes en 1968.
En 1976, la s.a. Charrues Mélotte est passée sous tutelle du groupe britannique Lucas Industries spécialisé dans l’équipement pour l’automobile. En quinze ans, un investissement de 800 millions de frs fut consenti par la maison-mère à Eurofonderie pour produire des pièces brutes pour freins de voitures. Malgré un carnet de commande bien rempli, l’usine ferma ses portes en octobre 1994 pour sous-traiter la production dans des pays à bas salaires. Elle occupait alors 255 travailleurs.
En 1989, la « Nouvelle Société Charrues Mélotte » poursuit des activités de commercialisation de matériel agricole importé avec un personnel réduit à 19 ouvriers et 14 employés. Cette société détenait la représentation des tracteurs Renault.
En 1995, « Mélotte Industry », sous l’impulsion de son administrateur-délégué  Michel Descampe (petit-fils d’Alfred Mélotte), tente de diversifier l’activité en exploitant une nouvelle niche à connotation environnementale. Il pressentit que le traitement des déchets allait subir de profondes mutations. Avec l’expérience acquise dans le domaine industriel, il s’est orienté dans le créneau des presses industrielles pour le compactage des déchets (métaux, frigolite, déchets ménagers de collectivités etc.). Une gamme de 70 modèles différents fut développée sur le même principe : augmentation de la densité et réduction du volume final. Cette technologie permet par exemple de ramener à 2,6 m3 le volume d’un conteneur de 30 m3.

Sources :
 Le Soir du 30-12-1997 (s) Eric Meuwissen
 Alfred Mélotte : inventeur de charrues   (Ecomusée de la région du Viroin -1997). Claire Billen, Jean-Jacques Van Mol, Jean-Jacques Heirwegh.
Publi-Gembloux n° 1021 (s) D.L.
Photos : Gembloux, ma ville, mon village   CRAHG 1999



 Foire commerciale de Bruxelles, avril 1921


 Les deux photos suivantes sont une contribution de Pierre Fourneau, par l'intermédiaire de Jean-Marc Gilles. Je les en remercie amicalement.

Pavillon Mélotte à l' Exposition Universelle de Liège en 1905. Sept millions de visiteurs ont vu  cette exposition organisée pour l'année du 75e anniversaire de l'Indépendance du Pays.

Pavillon Mélotte à l'Exposition Universelle et internationale de Bruxelles en 1910.
Cet événement s'est déroulé du 23 avril au 1er novembre 1910.



Je vous invite à découvrir et à aimer la page facebook de la photographe MauDe Pix
qui a réalisé un excellent reportage photographique à propos du site industriel abandonné
et depuis peu en voie de reconversion.
Je la remercie pour son aimable autorisation de pouvoir le mentionner ici.

https://www.facebook.com/MauDePix/


jeudi 6 août 2015

Jo Lemaire : portrait


Jo Lemaire


Jo  Lemaire : une wallonne exubérante qui a fait son nid en Flandre.
         
Josiane (Jo) Lemaire est née à Gembloux le 5 janvier 1956.
Son papa, Gaston, fut le dernier secrétaire communal de Mazy avant la fusion des communes.

Seventies à Gembloux
Son aventure musicale débute avec Philippe Depireux, alors batteur  du  groupe Ablaze qui était à la recherche d’une chanteuse. Il propose une certaine Josiane Lemaire, dite Jo.  Ablaze fera une soixantaine de concerts et sortira deux 45 tours (dont Just like a rainbow), des compositions de Ph. Depireux.
Après deux ans, une certaine mésentente s’installe au sein du groupe et le tandem Depireux / Lemaire va créer – en 1977 - son propre groupe : Jo Lemaire+Flouze.  Dans les  semaines qui suivent sort un 45 tours  autoproduit intitulé Thief for ever, avec en face B  Hurry up washing up, enregistré dans un studio de La Louvière et pressé à 1.000 exemplaires. Le verso de la pochette mentionne l’adresse du couple : rue du Bois, 10 à Gembloux. L’accueil de cet opus est très favorable et la critique élogieuse.
Le Flouze comprend deux autres musiciens : Bernard (Ben) Sokay et un saxophoniste éphémère, Jean-Luc Albert. Les paroles étaient signées Michel Gelinne,  qui allait écrire les premiers textes du groupe avant que Jo elle-même prenne la relève.
En 1978, encouragés par le succès de Thief  for ever, Jo Lemaire et Philippe Depireux décident de sortir un nouveau 45 tours : Stakhanov (photo). Premier concert aussi, avec une quinzaine de titres, à la Maison internationale de Gembloux : une réussite.        La composition du groupe est alors la suivante : les frères Bortolin, Giovanni (saxo) et Attilio (guitare et clarinette), Daniel François (guitariste), Marc Santkin à la basse, et  bien sûr Philippe Depireux à la batterie. La fraîcheur, l’humour et le punch du groupe, les inflexions vocales de la chanteuse, le côté ludique de la clarinette mêlée au saxo : c’est un succès dans la mouvance  du New Wave. Ce second single, toujours autoproduit, se vendra à 2.000 exemplaires.

Dans la cour des grands
Un troisième single, Follow me in the air, produit sous le label Vertigo,  se vendra à 6.000 exemplaires. En 1979, ce sera la sortie d’un premier album (12 titres) qui s’appelle  Jo Lemaire+Flouze, et puis d’un second, Precious time, en 1980, qui ne rencontre pas le succès espéré. Le groupe part alors pour une longue tournée en France. A cette époque son cachet est de 60.000 francs par concert. Mais le succès se tasse, jusqu’à la reprise de Je suis venue te dire que je m’en vais et la rencontre avec Serge Gainsbourg en 1981. Le  45 tours cartonne : 250.000 exemplaires vendus en France et au Benelux !  Le courant passait très bien avec Serge Gainsbourg qui proposa d’écrire pour le groupe. Mais une rupture sentimentale intervint entre Jo et Philippe. Et la chanteuse rechigna à  poursuivre sa collaboration avec Gainsbourg, préférant sa liberté. Le groupe fonctionnera encore un an avant sa dissolution en 1982.

                                                                                                                                          
Philippe Depireux se tournera alors vers la photographie, une autre corde de son arc.

Une belle carrière en solo
Après son divorce, Jo Lemaire s’installe à Bilzen (Limbourg) avec son nouveau compagnon.  Sa carrière se poursuit alors en solo avec des hauts et des bas. Grâce à son multilinguisme elle compte de nombreux fans en Belgique, aux Pays-Bas, en France, au Canada et en Allemagne…
En 1990, elle sort Duelle, un disque de chansons françaises, qui devint disque d’or en France. La même année, elle sort son premier disque en néerlandais, un CD en hommage à Will Tura, Turalura.
Son album Liverpool, enregistré dans la ville du même nom sort en 1994. Elle y chante avec la chanteuse britannique de soul, Carmel qui fut également productrice du disque.
En 1997 elle est l’invitée surprise des PROMS à Anvers : 15 soirs devant 18.000 personnes à chaque fois. Elle chante avec l’orchestre symphonique « Il Novecento » à côté d’artistes tels que Simple Minds, Blondie, Alan Parsons Projects…  Son succès est phénoménal.
En 1998, elle participe à la comédie musicale « Brel Blues », un hommage aux chansons de Jacques Brel.  La même année, les jeunes lecteurs du journal « De Morgen » lui décernent le titre de « Personnalité wallonne la plus populaire ».
En 1999, elle commence sa tournée « Piaf/Une Vie » à l’Ancienne Belgique à Bruxelles. Son interprétation personnelle du répertoire de la Môme rencontre un vif succès. Elle fera plus de 200 représentations de ce spectacle jusqu’en décembre 2000.
En 2001 elle enregistre un nouveau CD « Flagrants délices » estimé par la presse comme étant son meilleur album. Ses tournées  la conduisent dans le monde entier : Paris, Amsterdam, Varsovie, Genève, Québec, New-York, Hong-Kong…
Le 26 février 2001, elle se produit au Foyer communal de Gembloux pour un concert  « Jo Lemaire chante Piaf » (photo). Surprise et émotion pour la native de la localité : la ville lui décerne le titre de citoyenne d’honneur lors d’une brève cérémonie avant sa représentation.
Le 31 janvier 2005, elle se produit au Bozar à Bruxelles en présence de la reine Paola.
La chanteuse a de la personnalité : authentique, spontanée, opiniâtre et inventive. Elle aime sa liberté et n’hésite jamais à prendre des risques.
 Sa discographie est remarquable et témoigne de son talent et de son éclectisme : fado portugais, cabaret allemand, folk irlandais, chanson française, Jo Lemaire explore avec talent et bonheur toutes les voies musicales appartenant à notre mémoire collective.
C’est à Malines que l’ex-gembloutoise a aujourd’hui élu domicile.



Photo Wikipedia



Photo Philippe Depireux


Photo Le Soir du 27 novembre 2003 - Jo Lemaire fête ses 25 ans de carrière au Cirque royal





Invitation pour le concert à Gembloux du 26 février 2000



Sources : V.A. des 25, 26 et 27 août 1997. « 1977-1982 : Les années Jo Lemaire+Flouze » Philippe Depireux raconte.   (s) Xavier Diskeuve

    Olivier Monssens reçoit Jo Lemaire (05/06/2011) :  www.rtbf.be/classic21/article_a-la-rencontre-de-jo-lemaire?id=6232953
    Interview de Jo Lemaire - RTBF 09/06/2011 : www.rtbf.be/video/detail_interview-jo-lemaire?id=1061913
    Jo Lemaire - Wikipedia   fr.wikipedia.org/wiki/Jo_Lemaire

Arsène Burny : portrait


Arsène Burny


Professeur émérite de la Faculté des sciences agronomiques de Gembloux et de l’Université libre de Bruxelles, Arsène Burny est un des biologistes belges les plus en vue. Ses recherches en virologie l’ont conduit sur les traces de la leucémie bovine, du sida ou encore du cancer. Cette cheville ouvrière de l’opération Télévie est un homme de cœur et de franc-parler. C’est un véritable humaniste passionné de recherche et qui cultive les relations humaines.

Né en 1933 à Mellery où ses parents exploitaient une ferme de 15 ha, il fréquente l’école communale et ensuite l’athénée d’Ixelles (cycle secondaire inférieur) – il fréquentera ensuite l’athénée de Wavre.
Par deux fois, il sera amené à interrompre ses études secondaires pour participer à la survie de l’exploitation familiale.

Au terme de ses humanités il décide de devenir ingénieur agronome. C’est à vélo qu’il se rendait chaque matin à l’institut agronomique à Gembloux, appelé ensuite  Faculté universitaire des sciences agronomiques (FSAGx) et à présent Gembloux Agro-Biotech (Ulg). Il décroche ensuite une licence ,  puis un doctorat en sciences zoologiques à l’Université libre de Bruxelles (Ulb), orientation physiologie cellulaire. A la fin des années 60 il décide d’accomplir un séjour post-doctoral  à l’Université d’Illinois sous la direction de l’Américain Sol Spiegelman rencontré à Bruxelles. Il le suivra ensuite à New-York où son mentor avait pris la direction de l’Institut de recherche sur le cancer à l’Université de Columbia. Pendant trois ans et demi, Arsène Burny travailla à New-York où un poste de professeur associé lui avait été attribué, tout en conservant son poste d’assistant à Gembloux où il revenait deux mois chaque année.

Il revient à Gembloux en 1972, pour honorer une promesse faite à son ami le professeur  Léon Hennaux à qui il succèdera plus tard comme titulaire de la chaire de physiologie animale mais aussi  pour des raisons familiales – le vœux de son épouse et l’éducation de ses deux enfants. Si Gembloux demeura son port d’attache il exerça à l’Ulb comme assistant-chercheur et ensuite professeur de biologie moléculaire. On le retrouvera aussi à la Cornell University, à New-York, de 1986 à 1990 : professeur associé.

Membre titulaire de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique , ainsi que de l’Académie de médecine de Belgique, Arsène Burny préside également les commissions  « Cancérologie » et « Télévie »du Fnrs. Il habite Gembloux depuis plus de 50 ans

Source : Athena 185 / novembre 2002  (s) Philippe LAMBERT




Photo Arnaud de Cremer  - Le Soir 1/08/2005

Le tunnel : 20 ans déjà...


Le tunnel: 20 ans déjà...


Le 20 janvier 1995 fut inauguré le tunnel sous les voies ferrées de la ligne 161.
C’est en 1972 que les Travaux publics et la SNCB ont décidé de réaliser ce projet qui était dans l’air depuis …1954. Ses lignes directrices furent définies en 1975. Une autre option -finalement abandonnée-, celle d’un contournement de Gembloux par le nord (en gros, un tracé proche de la chaussée romaine depuis « le Monty » à Corroy-le-Château juqu’à la N4)  fut par ailleurs étudiée et souvent  préconisée: jusqu’en 1985. Un même objectif cependant: fluidifier le trafic toujours croissant de la N29 (6.900 véhicules/jour dont ¼ de poids-lourds, en 1980), en évitant le blocage très fréquent au passage à niveau n° 46.

Début des travaux
Entre 1981 et 1984, les expropriations et démolitions préalables (30 maisons rasées, dont le restaurant « les 3 clés » et le magasin « Unic ») furent réalisées. (Photos 1 et 2)
En 1984, la cabine de signalisation de la SNCB fut supprimée et déménagée.
En avril 1992, les travaux préparatoires, notamment le déplacement des nombreux câbles et canalisations qui longeaient les voies, étaient  terminés.
Les travaux de terrassement débutèrent le 1er septembre et l’on prévoyait  une réalisation dans un délai de 500 jours ouvrables. Le trafic routier sur la N29 atteignait alors 10.000 véhicules/jour.
En novembre 1992, une voirie de déviation, côté gare (2 bandes de circulation + un passage pour piétons) donnant accès à un passage à niveau provisoire fut mise en place. Le trafic des poids-lourds de plus de 5 tonnes fut dévié en dehors de la localité. (Photo 3) Le Soir-Yves Raisière

Une petite prouesse technique
L’opération principale s’est déroulée en plusieurs phases durant le w.e. de la Pentecôte;  les 28, 29, 30  et 31 mai 1993.
Le vendredi, l’énorme caisson de béton pesant 3 .550 tonnes, long de 30 m, large de 15 m et haut de 8 m, qui avait été fabriqué sur place, dans une fouille, en contrebas des voies de chemin de fer, côté sucrerie, fut glissé de 7 mètres sous les voies accessoires côté Tirlemont. Ainsi, le trafic ferroviaire ne fut pratiquement pas interrompu tandis que le creusement sous les voies principales se poursuivait  (Photo 4). L’énorme structure, assortie de patins en néoprène et posée sur des poutres de béton sur lesquelles une tôle en acier de 30 cm. de large faisant office de rail, fut poussée par 12 vérins hydrauliques de 25 tonnes chacun et de 40 cm de course. Ces vérins étaient eux-mêmes placés sur des rails scellés dans la poutre de glissement. A l’intérieur du caisson, un technicien face à une console de commande et 4 écrans vidéo assurait la progression de la structure à la vitesse théorique de 10 cm à la minute (Photo 5).
Du samedi  à 23 h au dimanche à 9 h, le caisson avance de 32,5 m pour se positionner exactement sous l’ensemble des voies, dont une seule, posée sur un pont provisoire, est maintenue accessible au trafic des trains durant l’opération. Tout cela dans un ballet incessant d’engins de génie civil et de camions chargés d’évacuer les terres (Photo 6).
Ensuite, une fois l’appareillage de déplacement démonté, la tranchée fut remblayée avant la repose des voies de chemin de fer.
Le glissement sous voies du passage souterrain pour piétons, parallèle au tunnel routier, a été réalisé les  7 et 8 mai 1994 selon le même principe.
Il ne restait plus qu’à placer les équipements de sécurité du tunnel et à réaliser les aménagements en surface : voirie, rond-point, abords  etc...

Chiffres

Le tunnel routier 
Longueur totale couverte: 82 m, dont 30 m. sous voies.
Ouverture libre de 13 m de largeur et de 4,5 m de hauteur. Deux bandes de circulation de 3,7 m de large séparées par une berme de sécurité et bordées de 2 bandes d’arrêt d’urgence de 2,5 m de large.
Les trémies s’étendent respectivement sur +/- 120 m côté Charleroi et +/- 82 m côté Tirlemont, avec une largeur entre les murs de 9,7 m

Le tunnel pour piétons.      
Longueur totale couverte: 63,6 m.                                                                               
Sections transversales de 3,65 m X 3 m. Longueur de 25 m.  Poids 230 tonnes.
Trémies de +/- 20 m. de part et d’autre. Largeur 3 m.  Hauteur libre, 2,20 m

Coût total
Le coût total des travaux fut d’environ  500 millions de francs belges  (12.400.000€), à charge des Travaux publics et de la Sncb.

Photos


Exode d'une gembloutoise - mai 1940

L' exode d'une gembloutoise en mai 1940 Carnet de route.

 

Avant- propos

En marge de  l’article intitulé « Il y a 75 ans, la bataille de Gembloux » il m’a semblé opportun de publier ici le récit d’une jeune fille de 21 ans à l’époque, qui a vécu l’exode entre le 14 mai et le 3 juin 1940, avec sa mère.
Ces deux femmes, Madeleine ANDRE (1919-2014) –photo- et Amélie DESSY (1884-1965) habitaient à Corroy-le-Château, place Communale (aujourd’hui Place de Nassau).
Comme bon nombre de gembloutois concernés par la bataille imminente, elles allaient vivre une aventure hors du commun.
A noter que le général  A. Juin s’est reposé quelques heures (du 11 au 12 mai 1940) dans leur maison avant la bataille.
65 ans après les faits, Madeleine ANDRE a noté ses souvenirs. 18 pages manuscrites (photo) d’une précision remarquable. Elle relate mais ne livre pas ses sentiments.



Carnet de route de l'exode


Vendredi 10 mai
A mon lever, vers 6h30, on entendait des bruits sourds d’avions.
En écoutant la radio, j’ai appris que les allemands étaient entrés en Belgique durant la nuit.
Je me suis levée et me suis apprêtée pour aller au travail. A la gare de Gembloux,  les personnes avec lesquelles je faisais la navette étaient au poste et nous sommes parties à tout hasard.
En arrivant à Bruxelles nous avons appris que quelques maisons (au square de Meeus) avaient été bombardées.
La journée s’est passée assez calmement et le soir nous sommes rentrées sans encombres. Il y avait déjà des tanks français à Corroy.

Samedi 11 mai
En arrivant à Gembloux, le chef de gare nous a signalé que le pont du chemin de fer avait été touché pendant la nuit : pas de trains donc…
Je suis rentrée à Corroy où il faisait calme.

Dimanche 12 mai, jour de la Pentecôte
Pendant la messe, la chaussée de Charleroi a été bombardée. Quelques maisons également à proximité de la gare de Gembloux (dont celle de Jules Cochin).
Au cours de l’après-midi, beaucoup de réfugiés arrivaient à Corroy, venant pour la plupart des régions de Huy et d’Andenne.
L’armée française prenait position dans la région.
La soirée fut assez calme.

Lundi 13 mai

Le matin, un homme de la SNCB est venu prévenir mon père et quatre ou cinq autres ouvriers des Bas-Prés  de rejoindre immédiatement l’atelier central de Salzinnes pour d’accompagner les locomotives et du matériel ferroviaire jusqu’à Rouen, afin de les soustraire à l’envahisseur.
Vers 17 h, des soldats français sont venus nous ordonner de partir pendant la nuit. Tout le village a du évacuer.
Le Bourgmestre Marvelle est allé chez tous les fermiers et cultivateurs du village, leur demandant d’accepter que leurs voisins puissent les accompagner pour rejoindre Ypres.
Nous avons préparé nos baluchons et les avons portés chez le papa d’Anaïs (surnommé « le Pèpèt »), un petit cultivateur qui habitait, comme nous, place Communale. Le chariot, attelé avec deux chevaux, était déjà prêt. Le groupe comptait une petite vingtaine de personnes.

Mardi 14 mai
Grand départ à l’aube vers 4 heures. Itinéraire : Ardenelle, Gentinnes, Mellery, Marbais et puis la chaussée de Nivelles. C’est là, en bordure de l’aérodrome de Nivelles que nous avons connu l’enfer !
Il y avait une longue file de réfugiés et les allemands en ont profité pour les mitrailler à basse altitude. En levant la tête, on voyait les pilotes très distinctement.
Nous étions tous couchés dans un petit fossé le long de la route. Profitant d’une courte accalmie, nous avons continué. Mais, tandis que nous traversions la ville, les bombardements ont repris avec plus d’intensité encore.
Nous nous trouvions dans l’encoignure d’une porte pour nous protéger lorsque le propriétaire de la maison nous a fait entrer et fait descendre dans la cave. Lorsque nous sommes sorties, mauvaise surprise. Le chariot (et nos maigres bagages) était parti sans nous attendre…
Il y avait avec nous une famille de Gembloux – les parents et leurs deux filles-  et nous avons décidé de continuer. Le clocher de Sainte-Gertrude a attendu que nous passions à proximité pour s’effondrer !
Cette famille gembloutoise connaissait une famille de Braine-le-Comte où il nous serait possible de nous requinquer quelque peu. Mais il nous fallait encore marcher 15 km. Nous avons traversé le bois de la Houssière où se trouvaient de nombreux soldats français avec des chars.
Cette famille brainoise fut charmante à notre égard. Nous pûmes dormir sur un matelas posé à même le sol.

Mercredi 15 mai
Le matin, nous avons décidé de continuer vers Soignies. La famille de Gembloux souhaitait gagner la France en train.
Entre Braine-le-Comte et Soignies, un camion militaire français s’est arrêté et le chauffeur nous a demandé où nous allions. J’ai répondu que nous comptions atteindre Tournai pour prendre un train vers Courtrai. A ma grande surprise, le camion allait justement de ce côté-là. Vers midi, nous étions à la gare de Tournai. C’est là, dans la salle d’attente, qu’une dame extrêmement gentille et fort sympathique nous a expliqué qu’elle était gouvernante dans une famille en Wallonie et qu’elle préférait rejoindre les siens. Nous avons poursuivi le voyage ensemble et sommes arrivées à Courtrai à la nuit était tombée. Cette dame s’est renseignée pour trouver un endroit où passer la nuit et on nous a guidées jusqu’aux Halles  -superbes- où nous avons passé la nuit, assises sur les marches d’un immense escalier, bien contentes d’être à l’abri, et presque au but de notre voyage forcé.

Jeudi 16 mai
Au matin, des scouts nous ont apporté des tartines bien beurrées et deux œufs durs à chacune, ainsi que du bon café à volonté.
Ensuite, nous voulions rejoindre un arrêt de tram. Comme la dame qui nous accompagnait habitait un petit village tout proche, elle nous a invitées dans sa famille. Nous y sommes restées une heure, le temps de  nous laver et de nous restaurer un peu.
Le conducteur du tram que nous avons alors emprunté fut charmant. Il n’a pas voulu qu’on paie, vu que c’était la guerre a-t-il dit. Le terminus se situait entre Menin et Ypres. Nous sommes descendues et avons poursuivi à pied durant environ 1h30. Vers 18 h. nous étions sur la place d’Ypres. Je me suis renseignée pour trouver un gîte pour la nuit et avons pu loger, avec d’autres personnes, dans un cinéma. Là, des scouts et des gens de la Croix-rouge nous ont préparé un petit coin sur la scène, avec une botte de paille. Pour souper, nous avons reçu des tartines et un bol de soupe, assez bonne ma foi. Nous nous sommes ensuite endormies profondément.

Vendredi 17 mai
J’ai passé la journée dehors dans l’espoir de rencontrer une connaissance de Corroy pour tenter de retrouver le chariot. En vain.

Samedi 18 mai
Même objectif que la veille. Retrouver le « Pèpèt ». Cette fois j’ai eu plus de chance : j'ai rencontré le cantonnier de Corroy sur la place, en face des Halles. Je lui ai narré notre périple et, miracle, il sait où gîte le « Pèpèt » et les autres gens du village.
Je suis allée informer ma mère, bien contente, surtout, de retrouver nos affaires.
Nous avons marché environ ½ heure vers une ferme dans la campagne avoisinante. Les « faisans » étaient installés dans une grange plutôt propre.

Dimanche 19 mai
Nous sommes restés au même endroit du fait que les deux chevaux devaient se reposer.

Lundi 20 mai
Dans la matinée, le petit groupe lève le camp pour atteindre la frontière française à Abeele, petit village situé entre Ypres et Poperinge. Mais la frontière est fermée et nous sommes contraints de rester là deux jours. Nous avons dormi dans un abri de jardin où il ne faisait pas très chaud, mais nous avions retrouvé nos deux couvertures. Heureusement. Pour la nourriture et les boissons chaudes, nous nous sommes débrouillées tant bien que mal. Par bonheur, le temps était beau.

Mardi 21 et mercredi 22 mai
La situation était plutôt calme, hormis, parfois, un combat aérien, des tirs de DCA et des fusées éclairantes durant la nuit.

Jeudi 23 mai
Départ vers le Kemmelberg pour tâcher de passer en France. Nous ignorions que les allemands approchaient de Dunkerke. Nous étions donc coincés. Nous avons trouvé refuge dans un hangar. Pendant ce temps, la bataille faisait rage sur la Lys. Pris comme des rats, nous ne pouvions ni avancer ni reculer. Grande inquiétude.

Mardi 28 mai
Nous apprenons dans la soirée que le Roi a capitulé. Enfin une nuit calme depuis 15 jours.

Mercredi 29 mai
Comme beaucoup d’autres réfugiés nous avons rebroussé chemin. Nous avons marché jusqu’à Vlamertinge, à environ 5 km d’Ypres. Ma mère était exténuée. Moi aussi.
Nous avons donc décidé de nous arrêter près d’une ferme, cette fois avec notre barda. Les fermiers nous ont bien accueillies : un couple fort gentil qui parlait assez bien le français.
Ils nous ont invitées à partager leur repas. Le soir, ils ont descendu un matelas pour nous au rez-de-chaussée.

Jeudi 30 mai
Journée calme.

Vendredi 31 mai
Les premiers allemands venant d’Ypres se dirigent vers  la mer. On voit passer du matériel militaire et des troupes fraîches jusque tard dans l’après- midi.

Samedi 1 juin
La matinée est calme. Nous nous décidons de reprendre la route par petites étapes. Le fermier m’a proposé un vieux vélo, sans pneus ni chambres à air, pour accrocher nos maigres bagages. J’ai, bien entendu, accepté son offre avec joie. Nous marchions depuis une heure à peine quand une petite charrette s’arrête à notre hauteur. Elle était tirée par un petit cheval. Trois soldats belges démobilisés marchaient à côté, et ils nous ont demandé d’où nous étions. J’ai répondu que nous rentrions à Gembloux. Miracle… ! L’un d’eux était de Quenast, un autre de Wavre et le troisième de Glimes. Ils ont installé ma mère dans la charrette, ainsi que le vélo. Pour ménager le petit cheval, j’ai marché avec ardeur et courage avec mes trois sauveurs. Le soir, nous nous sommes arrêtés à Anvaing et avons passé la nuit dans une maison abandonnée mais assez confortable.

Dimanche 2 juin
Même scénario que la veille. Nous sommes arrivés à Quenast sans encombres, chez le premier soldat. Il habitait une petite ferme avec sa femme et ses beaux-parents. Nous avons passé la nuit sur un matelas descendu dans la salle à manger, et les deux autres soldats dans le fournil.

Lundi 3 juin
Après une bonne nuit et un solide petit déjeuner (omelette au lard, tartines beurrées, bon café), nous avons repris la route pour Wavre, via Lasne. Nous avons traversé Rixensart et sommes arrivées à Wavre (au lieu dit « le Fin bec ») où nous sommes descendues pour reprendre courageusement la route jusqu’au bois de Lauzelles. Au sommet de la côte, nous nous sommes reposées sur un talus. Il devait être alors 15 ou 16 heures. Il restait une vingtaine de km à parcourir mais tout s’est bien passé.
Lorsque nous sommes arrivées aux « Gotteaux » à Corroy-le-Château, un homme à vélo nous a dépassées. Sur la place, il a vu Aurélie, notre voisine, et lui a dit que nous arrivions. Celle-ci s’est empressée de prévenir mon père qui est venu à notre rencontre sur la campagne de l’Ange. Il faisait presque nuit.
Papa Jules savait que nous allions rentrer car le chariot était revenu la veille avec tous les rescapés au complet et une partie de nos bagages.
Nous avons poussé un « ouf » de soulagement et mon frère Marcel, sergent dans l’armée belge, nous est revenu fin juin en bonne santé.
La guerre allait durer 4 ans et demi, mais nous ne le savions pas.

Note : mon père qui était parti deux jours avant nous pour rejoindre d’autres cheminots avec pour mission de se rendre à Rouen n’a jamais quitté le territoire belge. Ces hommes ont erré le long de la frontière et sont finalement rentrés sur un camion allemand  jusque Fleurus.
Nous ne pouvions imaginer qu'il était si proche de nous lorsque nous étions à Ypres...



Madeleine ANDRE - Février 1940 (mariage de son frère Marcel).




Manuscrit (2004) (page 1 de 18)