vendredi 7 août 2015

William Cliff : portrait



William Cliff, un poète à part




Crédit photo : couverture du périodique "Le Carnet et les Instants" n° 183  - oct./nov. 2014


De son vrai nom André Imberechts, William Cliff est né à Gembloux le 27 décembre 1940.
Quatrième enfant d’une fratrie de neuf, il ne sera pas médecin comme son père mais se fera très vite un nom dans la poésie et les lettres.

Il est l’un des plus beaux poètes belges. Son talent est reconnu en  France où le prix Goncourt de la Poésie vient tout juste de lui être décerné, après de nombreux autres non moins prestigieux.
Ecole primaire à Gembloux. Puis au pensionnat, au collège de la Hulle à Profondeville.
Il étudie ensuite la philologie romane à l’UCL. Pour sujet de mémoire de licence il choisit le poète catalan Gabriel Ferrater qu’il rencontre et traduit en français. Son  influence sera décisive pour le jeune homme.

Ses poèmes sont rapidement remarqués par Raymond Queneau qui lui demande un livre pour les éditions Gallimard. Homo sum est publié en 1973. Ce fut immédiatement la consécration pour ce poète écorché vif, désespéré et romantique que l’on compare à Baudelaire, à Verlaine et à Rimbaud.
Cliff assume et revendique son homosexualité et nombre de ses poèmes sont inspirés de ses aventures charnelles, réelles ou fantasmées. Il fut, un temps, proche de Conrad Detrez. Son ami, son contraire.

William Cliff enseignera quelques temps le français, au gré des désignations de l’Etat.
Ironique, cinglant, mordant, cynique, provoquant, pitoyable et émouvant ;  il exprime une certaine nausée existentielle moderne.  Son vocabulaire est parfois cru et ses images dures.

« Vagabond livré à lui-même parce que rejeté par tous  - né pour être damné -  qui pressent que ses désirs aussi l’excluent, puisque seuls les autres garçons l’émeuvent » : c’est en ces termes que le décrit l’écrivain, critique littéraire et dramaturge Jacques De Decker. Lui aussi qui écrivait dans « le Soir » du 21/06/2000 : « Il n’est pas du goût de tout le monde que, loin au-delà de nos frontières, la belgitude poétique soit d’abord représentée par cet incorrigible non-aligné que, dans le climat de retour aux convenances académiques auquel nous assistons,  les ouvrages officiels abordent strictement sous l’angle anecdotique :  les bien-pensants ne s’accommoderont jamais – et ce n’est pas étonnant - de ce vagabond contemporain qu’on ne verra jamais rallier aucun confort intellectuel ».
Le commentaire d’Alberte Spinette , in Alphabet des Lettres belges de Langue française illustre on ne peut mieux cette analyse : « Ce raton laveur du lyrisme national préfère la saleté miséreuse du Quartier Nord et des cinés pornos (sans jamais y croire) aux lieux et cafés littéraires (sans les éviter systématiquement) ».

William Cliff habitera un temps à Bruxelles, Rue Marché au Charbon, dans une mansarde sous les toits. Mais il voyage beaucoup.
Au cours de ses nombreux voyages, en Europe, en Asie, en Amérique, William Cliff se comporte en reporter inspiré. Pas un cliché dans ses choses vues à Göteborg, à Kharkov, au Caire ou à Montevideo : seulement à chaque fois le constat de l’humaine misère.
Adepte du parler vrai, il revendique un langage simple et direct. Ni symbole ni parabole, ni illumination ni démiurgie, mais l’évocation du plus urgent, le plus réel, du plus brutal : manger, dormir, boire, désirer. Une poésie qui racle l’âme, faite d’expériences sensibles, d’épreuves et de circonstances ponctuelles. L’espoir, la détresse ; la beauté, la laideur ; la rencontre, la solitude. Un monde où le sourire est rare, où, armé de ses seuls sens, un homme tente le plus souvent de survivre que de vivre. Cliff a fait le choix d’une certaine marginalité, parce qu’il préfère le provisoire au définitif ; le nomadisme à l’embourgeoisement.

L’homme a rejoint Gembloux, sa terre natale. Pas sûr qu’il y pose définitivement son sac. Le vagabond est toujours aux aguets. Il ne s’incruste nulle part. Et le monde est si vaste. Et, comme il l’écrit dans sa nouvelle « Rue Fonsny » : » …ici, cela ne vaut pas la peine de rester n’est-ce pas ? Ici on ne fait que passer, là-bas est la vraie vie, celle qui mérite qu’on la vive, car ici on n’a pas les moyens, ici on ne vit qu’en regardant les trains passer et s’éloigner à jamais loin d’ici ».





Sources
Le Matricule des Anges – Richard Blin
« Le Soir » – Jacques De Decker
Voix d’auteurs – William Cliff
Poètes de l’espace Wallonie - Bruxelles
http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Cliff
Bruxelles littéraire (éd. Pré aux Sources) 1987

Portrait de W. Cliff (août 1982) - archives SONUMA
http://www.sonuma.be/archive/william-cliff-po%C3%A8te 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire